Émotions : feindre, ou ressentir ?

Publié le par Yves-André Samère

En matière de jeu dramatique, il existe deux écoles : il y a les acteurs qui savent faire semblant, et le font très bien. Jean Gabin, qui était le plus grand acteur d’Europe avant la Deuxième guerre mondiale (avant de quitter provisoirement le métier pour aller s’engager dans la marine, ce qui est tout à son honneur), était de ceux-là : en dehors du plateau, c’était un bon vivant, un passionné de chevaux, un bon père et un bon mari, et il ne ressentait certainement pas les émotions du légionnaire, du truand ou du déserteur que ses metteurs en scène lui demandaient d’exprimer. On en dirait autant d’Humphrey Bogart, de Gary Cooper, de Michel Simon ou de Greta Garbo – les chevaux en moins.

À l’opposé, il y a les partisans de l’Actor’s studio, cette école qu’avait fondée Lee Strasberg à New York, et qui imposait à ses élèves de ressentir toutes les émotions qu’ils devaient traduire sur scène ou à l’écran. Marlon Brando a été l’exemple le plus frappant des ravages que cette méthode (on l’appelait effectivement « la Méthode ») produisait finalement, mais il y a eu également Marilyn Monroe et Paul Newman, dont Hitchcock a dit pis que pendre. Or Brando s’est fréquemment montré ridicule, avec ses pauses interminables entre deux répliques, le temps... que les émotions lui viennent ! Ce procédé a d’ailleurs été repris par Kechiche, qui est allé très loin : au cours d’une scène de son dernier film, les deux vedettes féminines devaient se bagarrer, et l’une a précipité sa partenaire sur une porte en verre, qui s’est brisée. La fille a été blessée par des éclats de verre, et l’autre a voulu qu’on arrête pour la soigner. « Non, ne t’arrête pas, continue ! Frappe-la, frappe-la ! », a ordonné le grand génie. Et ces deux gourdes ont obéi. Elles ne savent pas qu’il existe des lois punissant l’incitation à la violence ? Elles ont courageusement attendu la fin du tournage pour s’en plaindre publiquement...

En fait, il est toujours possible – et assez facile – de feindre une émotion qu’on n’éprouve pas, sinon les enfants ne seraient pas de si bons comédiens : voyez comme ils vous roulent dans la farine avec leurs mensonges. Vous êtes-vous jamais demandé comment un acteur pouvait pleurer sur commande ? Croyez-vous vraiment à cette fable, qu’on doive éprouver tout ce qu’on exprime ? Je connais un jeune acteur qui, jouant une pièce de Montherlant, devait pleurer à un instant précis : assis sur une chaise pendant qu’un adulte lui reprochait sa conduite, ses larmes venaient au moment voulu, sans même qu’il se frotte les yeux pour aider un peu. Or, âgé de dix-sept ans et préparant son bac, il avait certainement d’autres sujets de préoccupation en tête. Et la pièce obtenant un triomphe, il a fait cela tous les soirs pendant... trois ans ! Comment ? Pas de miracle, c’est très simple, et vous pouvez faire l’expérience la prochaine fois que vous irez chez un photographe vous faire faire des photos d’identité : il suffit de regarder en face un projecteur (allumé, de préférence). Vous verrez bien si vous ne pleurez pas en quelques secondes ! Et sans ressentir aucune émotion.

Bref, les acteurs qui prétendent vouloir « se mettre dans la peau de leur personnage » mentent, tout simplement. Comme quoi, quand on veut, il est facile de faire semblant !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Oui, c’est bien la mentalité du type en question. Il s’était fendu d’une intervention écrite et interminable contre « Le Monde », qui semble avoir ouvert les hostilités. Et je n’ai pas<br /> tout raconté !<br /> <br /> Je comprends très mal qu’on encense ce tyran sadique à la tête enflée. Il répète à tous les paragraphes qu’on a voulu saboter sa carrière.
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D
Si je comprends bien, si un technicien tombe d'une échelle lors d'un tournage, ce charmant génie demanderait de le pousser dans un coin et de continuer, non ?<br /> Ravie que les César aient boudé le chef-d’œuvre en question. On passe sur (si j'ose dire) la jeune fille à poil, je n'ai aucune opinion sur ses dents de lapin.
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