Enjoliveurs-24 : « naturaliste »

Publié le par Yves-André Samère

S’il vous arrive d’écouter des émissions de radio portant sur le cinéma ou le théâtre, vous aurez peut-être remarqué qu’un nom a presque complètement disparu : réalisme, et son dérivé, l’adjectif réaliste. Pourtant, et durant une très longue période, on qualifiait volontiers de « réaliste » un film qui montrait des évènements censés se dérouler réellement sur l’écran, par opposition au conte, à la fable, au film fantastique ou à la comédie musicale, qui ne s’embarrassent pas du réel – ou pas trop. En Italie après la Deuxième Guerre Mondiale, on a même eu droit au néoréalisme – le nouveau réalisme –, qui s’attachait étroitement à la réalité du pays, surtout politique et sociale. Ce terme, d’ailleurs, annonçait la Nouvelle Vague née en France, une expression qu’on dit inventée par Françoise Giroud, journaliste célèbre mais qui avait débuté dans le cinéma (on peut voir son nom, le vrai, Gourdji, comme script-girl, au générique de La grande illusion, de Jean Renoir).

Donc, aujourd’hui, c’est fini, plus personne ne connaît de « film réaliste ». Démodé ! À la place, les critiques s’ingénient à parler de film « naturaliste ». Or, mais cette opinion n’engage que moi, c’est un contresens. Tous les dictionnaires, et le Littré le premier, définissent le naturalisme, en matière d’art, comme la « pratique des artistes qui s’attachent à reproduire la nature telle qu’elle est ». La nature, au sens courant : l’Univers, la Création, les fleurs, les arbres et les petits oiseaux. Mais pour les critiques de cinéma contemporains, Le quai des brumes est un film naturaliste, alors que la nature en est complètement absente (on n’y voit que des pavés luisant sous la pluie).

Pourquoi cette dérive linguistique ? Toujours pour la même raison : supprimer du langage courant les mots compris de tous, et créer un lexique réservé aux happy few. Bref, une manie d’enjoliveurs.

(PS : naturellement, je m’attends à être vigoureusement contredit dans cette opinion, par des visiteurs qui m’expliqueront que la nature, c’est autre chose que les fleurs et les petits oiseaux – petits oiseux que vous êtes !)

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Yves-André Samère 27/08/2010 08:24


C’est vrai. Mais je ne me suis concentré que sur la définition qui pouvait concerner la critique cinématographique ou théâtrale.


DOMINIQUE 27/08/2010 07:20


Il me semble aussi que "naturaliste" désigne une personne qui étudie les animaux, fleurs, arbres, etc... par exemple en faisant des herbiers, dont certains sont réputés. Démarche surtout en vogue
aux XVIII et XIXème siècles.