Exquise pudibonderie

Publié le par Yves-André Samère

Naguère, j’avais vu en salle un très bon film britannique (pardon pour le pléonasme), Les briseurs de barrage, qui datait de 1955, et dont le titre original était The dam busters – le titre français étant donc correct. C’était un film de guerre, que je n’avais pu voir qu’en version française. Or, lorsque la télévision l’a rediffusé en version originale, je me suis empressé de le revoir, et même de l’enregistrer.

Il se trouve qu’un des personnages avait un chien noir, qu’il avait appelé Nigger, et ce nom revenait une bonne dizaine de fois dans le dialogue, très distinctement. Ce mot signifie « nègre », comme chacun sait, et il ne pouvait choquer personne quand le film était sorti. Or le sous-titrage de la version télévisée devait être récent, car le sous-titreur avait visiblement renâclé devant l’obstacle. De sorte que, chaque fois qu’un personnage disait « Nigger » sur la bande sonore, on pouvait lire « Trigger » dans les sous-titres ! Ce mot ne signifie pas nègre, mais désigne cette partie d’une arme à feu souvent désignée par le mot gâchette – mais on devrait dire plus généralement déclencheur

Ainsi, un mot qui serait passé inaperçu dans le contexte devenait visible (ou audible, si vous préférez) comme le mensonge ruisselant sur la face d’un homme politique. Ce doit être une variante du célèbre effet Streisand !

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