Faut-il corriger les correcteurs ?

Publié le par Yves-André Samère

Sur ces pages, voire sur d’autres, il m’arrive de commettre des fautes. Ce sont généralement des fautes de frappe. Or j’ai des lecteurs obligeants, qui me les signalent. Ma réaction est de corriger immédiatement ces fautes. Parfois, je remercie mon correcteur, surtout s’il se manifeste pour la première fois, car les autres ont compris qu’il est plus sage de faire la correction que de... promettre qu’on va corriger !

En fait, dans une situation pareille, il y a deux sortes de réaction possible, de la part du fautif : celle que je viens de mentionner, et une autre, la réaction du plouc, vexé comme un pou et qui vous balance un sarcasme sur le mode bien connu. En gros, il vous injurie, et cela va de « Tu n’es qu’un  prof » (ou « un instituteur », demandez à Bernard Pivot, qui s’est fait railler toute sa vie parce qu’il faisait faire aux volontaires, amoureux de la langue, des dictées publiques qui avaient un grand succès) à « Espèce de casse-couilles, j’écris comme je veux, et sache que je t’emmerde ! ».

Laissons de côté la seconde variante, elle ne mérite que le mépris. Mais la première, elle, mérite un petit commentaire, car elle émane souvent de gens qui, se prétendant de gauche, ne manquent jamais, en public, de tirer un coup de chapeau à ceux qui consacrent leur vie à enseigner, mais, en privé, se servent des mots instituteur ou professeur comme d’une insulte. Il faut absolument admirer leur cohérence et leur sincérité.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
L’art de se planter en beauté en imaginant chez autrui des obsessions (comme celle de la faute) qu’il n’a pas ! Alors, récapitulons :

1. jamais entendu parler d’une ERREUR d’orthographe, je n’y peux rien, c’est ainsi, on trouve dans les dictées des FAUTES, et rien d’autre ;

2. je n’attache absolument pas une idée de morale au mot FAUTE. Ça, c’est une lubie des judéo-chrétiens. Les musulmans, par exemple, ignorent cette notion ;

3. on voit mal pourquoi ce serait mal d’avoir des règles, à moins qu’on possède la nostalgie de « La guerre du feu », l’essentiel étant que ceux qui les instaurent pensent à les respecter
eux-mêmes ;

4. j’avais parlé de FENDRE les cheveux en quatre, expresssion qui est à l’origine de cette image, mais qu’on a affadie, parce que l’exploit est beaucoup trop difficile (alors, en seize,
évidemment...) ;

5. je n’ai aucun désir de continuer cet échange, qui me paraît d’un stérile et d’un ennui dépassant la mesure.
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O
Bonjour,
je comprends d'autant mieux un conseil qui me pousse à préférer l'errance (à la recherche d'une amélioration : j'erre, je doute, attitude nécessaire à un apprentissage) au "manquement contre un
principe, une règle", qui semble appeler une sanction. Une nuance morale me semble pointer dans "faute", absente de l'erreur. Une erreur est faite pour être corrigée, une faute, punie ; une erreur
est involontaire, une faute met en cause qui la commet.
Olivier, coupeur de cheveux en seize.
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Y
Je respecte beaucoup les instituteurs, et j’ai quelque raison pour cela, mais cet ancien, pour éviter de fendre les cheveux en quatre, aurait dû se plonger dans le Littré. Au mot
« faute », quatrième rubrique, il aurait lu « Manquement contre un principe, une règle. Faute d’orthographe. Faute de style. Faute d’impression. Faute d’accord », ainsi que
quatre exemples tirés du « Dictionnaire philosophique » de Voltaire.

L’erreur est plutôt l’action d’errer, le plus souvent au sens moral ou intellectuel. Mais ce mot peut aussi être synonyme du terme précédent.
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O
Je suis instituteur (pas professeur des écoles, je ne veux pas être suspecté de chercher à flatuler au-dessus de mon derche), et je continue, longtemps après y avoir été invité par un ancien, à
préférer "erreur" à "faute" quand il est question de langue.
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