Féminisation des noms, vue par l’Académie

Publié le par Yves-André Samère

Deux académiens papotent. Le premier : « Et comment va notre collègue Untel ? ». Le second répond : « Oh, il est à moitié gâteux ». Le premier, soulagé : « Ah, donc il va mieux ! »

Cette petite histoire est racontée par Jean d’Ormesson quand il est invité, souvent par conséquent, dans une émission de radio-télévision. Jean d’Ormesson, dit « Jean d’O », dit « le comte Jean », a trois particularités : il est lui-même académicien, il a été élu le plus jeune de tous les académiciens vivants, et il est devenu le doyen de cette assemblée, autrement dit, celui qui était là avant tous les autres. Et cette façon de se moquer de lui-même et de l’illustre maison est caractéristique : à l’Académie française, on n’est pas coincé, on pratique fréquemment l’auto-dérision. Il est donc absurde de désigner les membres de l’Académie française comme des vieillards complètement dépassés, sans grand talent, vivant dans le passé et ne produisant rien.

Quand le cardinal de Richelieu créa l’Académie française en 1634, par conséquent sous le règne de Louis XIII, il ne s’agissait pas du tout de réunir, pour une simple opération de prestige, les meilleurs écrivains français. En réalité, le projet de Richelieu consistait à « donner des règles certaines [au français] » afin de le rendre « capable de traiter les arts et les sciences » de manière « pure, éloquente » ; c’est dans l’article XXIV des Statuts. Jusque là, et encore au siècle suivant, il n’y avait ni orthographe ni grammaire stable. Si vous lisez dans sa version originale, comme je l’ai fait, le Candide de Voltaire, qui date de 1759, vous constaterez avec effarement que l’illustre auteur n’avait aucun notion d’orthographe et qu’il commettait des fautes de français grossières !

Ici, une remarque : l’Académie n’a aucun pouvoir, et surtout pas celui d’imposer les règles qu’elle établit. En fait, ce sont plutôt des conseils, des préconisations, et vous les suivez ou pas, selon votre goût. L’Académie n’est pas une police du style, de la grammaire, de l’orthographe et tout ce qui s’ensuit ; plutôt une assemblée de sages, qui savent par la pratique de quoi ils parlent. Et elle sait se tenir à jour en corrigeant, dès que cela s’impose, les absurdités qui entachent la langue. Sa dernière recommandation date de 1990, et le document au format PDF est ICI. Il ne contient que des rectifications raisonnables, que j’applique presque à la lettre, sauf en ce qui concerne l’accent circonflexe, que, comme Bernard Pivot, je trouve très joli et digne d’être conservé !

Mais que pensent les académiciens de cette histoire de féminisation des noms de métier et de fonction (ce n’est pas la même chose, métier et fonction) ? Ils avaient prévu le coup dès 1984, avec ce texte de Claude Lévi-Strauss et Georges Dumézil – des sommités : « La distinction des sexes n’était pas pertinente pour rendre compte de la différence entre les genres grammaticaux [...]. Le juge, le délégué, le docteur, le président désignent indifféremment un homme ou une femme : il n’y a pas lieu de créer des équivalents féminins à ces termes ». Donc, exeunt « LA juge » ou « LA docteure ».

Et, en 2002, confirmation : « En français, la marque du féminin ne sert qu’accessoirement à rendre la distinction entre mâle et femelle. [...] Seul le genre masculin, qui est le genre non marqué (il a en effet la capacité de représenter les éléments relevant de l’un et de l’autre genre), peut traduire la nature indifférenciée des titres, grades, dignités et fonctions. Les termes chevalière, officière, [...] députée, sénatrice, etc., ne doivent pas être employés ». Je crois que c'est assez clair.

À propos, mon médecin traitant est une femme. La prochaine fois que je voudrai la consulter, est-ce que je dois prendre rendez-vous avec ma médecine ?

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
Merci pour cette précision. Je ne parle pas couramment l'académicien.
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Y
Je pense qu’en effet, cela ne visait que le genre humain. On voit peu de féministes chez les autres animaux.
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D
"la marque du féminin ne sert qu’accessoirement à rendre la distinction entre mâle et femelle" Parlent-ils uniquement du genre humain ? ("l'Homme" qui contient tous les humains). Car une grenouille<br /> a un monsieur grenouille, une chouette a un monsieur chouette, une hirondelle a un monsieur hirondelle. Là,j'avoue ne pas trop comprendre cette phrase des Académiciens. Pour le reste, bien sûr.<br /> Nous pompent l'air avec ces bêtises, les féminisateurs.
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