Femmes (et hommes) de ménage

Publié le par Yves-André Samère

Vu aujourd’hui, quoique tardivement, un film intéressant sur le rôle de contre-pouvoir prétendu exercé par la presse. Mais je me contenterai d’évoquer ici un sujet que j’ai déjà effleuré deux ou trois fois : les « ménages » exercé par les journalistes. On sait que ce mot désigne les activités extra-professionnelles consenties par des vedettes des médias, qui acceptent, contre grasse rétribution, d’animer des congrès et autres colloques au profit de grands groupes industriels ou commerciaux.

Rappelons que cette activité n’est pas vue d’un bon œil par la profession, et que la déontologie journalistique impose qu’on retire sa carte professionnelle à tout journaliste dont les revenus proviennent, pour plus de la moitié, d’une autre activité que son métier. Et ils sont quelques-uns, même s’ils ne s’en vantent pas et continuent de se dire journalistes.

Le film donne quelques occasions de rire. On y voit par exemple Christine Ockrent animer une séance de lancement au profit de Microsoft, le géant de l’informatique, à l’occasion de la mise sur le marché de Vista, ce système d’exploitation qui devait remplacer Windows XP, et s’est avéré tellement catastrophique que Microsoft, fait extraordinaire et sans précédent, a dû consentir à un processus de downgrading (le fait de revenir au système antérieur, XP donc, vieux de cinq ou six ans). Pour cette intéressante participation, la reine Christine avait reçu un modeste cachet de 18 000 euros. Si-si, vous ne rêvez pas, dix-huit mille. On comprend qu’elle ait les moyens d’habiter un duplex rue Guynemer, dans l’arrondissement le plus cher de Paris, avec vue sur le jardin du Luxembourg.

La séquence qui suit montre un jeune enquêteur du film, Renaud Lambert, téléphonant à une agence de... location de journalistes (ça existe !), et obtenant les CV et tarifs de quelques vedettes de la profession. Pour PPD, c’était 25 000 euros (pour une journée, je le confirme). Mais il y a aussi David Pujadas, Guillaume Durand, Pierre Sled, Michel Field. Et, cerise sur le gâteau, cette pauvre Isabelle Giordano, pas si pauvre que ça en fait, mais trop modeste, puisque son CV, que j’ai vu et qui est aussi long qu’un discours de Fidel Castro, mentionne qu’elle réclame seulement 12 000 euros pour sa journée d’animation. Dire que sa précédente émission sur France Inter s’appelait Service public ! Aujourd’hui, Les affranchis, c’est plus approprié.

Voilà, comme dirait Marie Colmant : vous savez à présent quelle valeur se donnent les journalistes.

(NB : je l’ai déjà fait remarquer et je le répète, Bruno Masure est le seul journaliste célèbre que je connaisse, qui refuse ce genre d’activité. Lui ne vit que de ses livres et d’une émission sur La Chaîne parlementaire, justement intitulée Impertinences, ce qui lui va comme un gant)

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