« Fooding » ?!

Publié le par Yves-André Samère

Le hasard me fournit souvent de quoi alimenter ces modestes pages. Ainsi, il y a deux semaines, j’ai entendu un crétin citer un mot à la radio (ou à la télé, je ne me souviens plus). Ce mot, je l’ai retrouvé ce matin en titre d’un magazine. Et Joëlle Goron l’a cité dans sa chronique d’aujourd’hui sur RTL.

Ce mot, c’est fooding. « Fooding » ? Qu’es aco ? D’où sort cette monstruosité sémantique ? Je connais food, qui désigne la nourriture. “ Food, glorious food”, chantaient les orphelins, compagnons d’Oliver Twist au début de la comédie musicale Oliver! (tâchez de trouver le DVD, c’est une merveille). Mais fooding, je regrette, ça n’existe pas. D’ailleurs, je ne suis pas le seul à le dire, puisque, dans son livre Français, je vous haime (en anglais, Talk to the snail), Stephen Clarke, un Britannique qui a beaucoup vécu en France et rédigé plusieurs livres qui se paient notre tête de froogies, remarque lui aussi que ce mot est à ranger dans la catégorie de ceux que ses compatriotes... ne comprennent pas, puisque nous les avons inventés !

Cette manie, qui est une variante du snobisme, et l’une des plus stupides, n’est pas nouvelle, et notre vocabulaire est truffé de ces vocables qui sonnent comme de l’anglais, mais ne sont pas de l’anglais.

Ainsi, un Français de la bonne société qui se rend à un dîner un peu élégant revêt un smoking avant de s’y rendre. Il a tort, mieux vaudrait enfiler un dinner jacket, parce que le mot smoking n’est jamais que le participe présent du verbe to smoke, qui signifie fumer. Moi, je trouve ça fumant. Et s’il veut garer sa voiture dans un parking, il aura du mal en pays anglophone, où l’on connaît surtout le car park. Si, hélas, il n’appartient pas à la bonne société, il peut toujours passer ses vacances dans un camping, quoique les Anglais vont plutôt dans un  campsite, et aller se faire faire un shampooing chez le coiffeur (en anglais, c’est un shampoo).

À la radio, nous avons eu longtemps un speaker pour annoncer les programmes, et même des speakerines à la télévision. Or le mot speaker désigne en Angleterre un haut-parleur, ou encore... le président de séance au Parlement ! Pour présenter les programmes de radio-télé, les Anglais ont un announcer, ce qui semble plus logique.

Et puis, il y a ce chef-d’œuvre d’étrangeté, le joueur de tennis, que les Britanniques appellent très logiquement tennisplayer, mais que les frenchies ont cru pouvoir rebaptiser tennisman, terme qui laisse perplexe nos voisins.

Alors, le fooding ? Et si on parlait tout simplement de l’art de faire la cuisine ? Ah oui, c’est vrai : là, tout le monde comprendrait. C’est inacceptable.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Hélas... Je le crains.
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E
Est-ce qu'on se foodenous par hasard?
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Y
Les Espagnols ont deux fois plus de mots que les Français !

Les San-Antonio, je les ai presque tous, y compris les premiers. Je vais faire un colis. Aucune chance que je les relise jamais.
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D
Mais voyons, "fooding" est plus court que "l'art de cuisiner". Et plus fun, non ?
Un client nous a offert un dictionnaire, un dictionnaire comme je les aime. Un Harrap's de 1948, épais comme le Gaffiot, passionnant car il me donne la joie de me dire que je ne connais que 10% du
sens des mots anglais. Je dis bien du sens (il y a des tas de citations comme dans le Gaffiot ou le Littré). Car pour les mots en eux-mêmes, j'ai je pense tout ce qui me reste de vie pour les
connaître ! Une mine, un trésor, le graal.
J'avoue que nous avons des clients adorables. Surtout qu'il avait apporté aussi une bouteille de vin pas désagréable du tout. Et qu'il me promet des San Antonio des années 70. Il doit vider son
grenier, je suppose.
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