France 3 : « Bélinda et moi »

Publié le par Yves-André Samère

France 3 est souvent qualifiée de « chaîne pour retraités », abonnée au politiquement correct via ses téléfilms volontiers moralisateurs – d’une morale de gauche, bien entendu, mais ce n’est pas ce qui me gêne. Or la chaîne diffuse quasiment à jet continu des téléfilms avec Line Renaud.

Line Renaud est reconnue comme une bonne actrice, pas assez avisée néanmoins pour s’apercevoir qu’au fil des années, on l’a enfermée dans un personnage immuable, une sorte de dragon humaniste (sic, je le reconnais), doté d’une énergie telle qu’il flanquerait les chocottes à Jack l’Éventreur himself. On se demande comment le sida n’a pas reculé devant elle. Depuis longtemps, elle ne fait plus dans la dentelle, sans doute parce que la dentelle de ma Line ne ferait pas recette. Je ne lui ai connu qu’un seul personnage de femme sans défense et inspirant la compassion, dans Chaos, hélas dû à l’une des plus mauvaises scénaristes du pays, Coline Serreau. Employée comme elle l’est généralement, Line Renaud me fait penser à Margaret Rutherford, autre dragon, à laquelle on avait eu la bêtise de faire interpréter Miss Marple (ce qu’Agatha Christie a vigoureusement désavoué).

Réunissez tous ces éléments, et vous obtenez le téléfilm diffusé hier soir, Bélinda et moi, dû à un réalisateur qui ne casse pas des briques, Thierry Binisti – c’est lui qui avait employé Éric Cantona dans ce fabuleux navet, L’outremangeur. Or l’on comprenait très vite que Line Renaud, seule actrice connue de la distribution, était surtout là pour décrocher le financement du téléfilm, car elle n’avait pas le personnage principal et faisait en réalité office de dépanneur pour le vrai personnage central, un garçon, Jean, qui estimait être une fille, Bélinda – un transgenre, donc, thème à la mode –, qu’interprétait très bien un jeune inconnu, Alexandre Styker. Sans surprise, toutes les calamités tombaient sur le malheureux (ou la malheureuse ?), à commencer par une famille où se rassemblaient tout ce que la région bordelaise compte d’affreux bourgeois, histoire de ne pas oublier que Mauriac vivait dans le coin. Au fait, satisfaisons votre curiosité : non, le garçon ne s’était pas fait opérer, une scène très fugitive de nu le montrait encore opérationnel.

Et Line, dans tout ça ? On la flanquait en prison pour avoir dit à un policier « C’est vous qui mentez ! », et on l’y maintenait des mois, jusqu’à son procès, en dépit de ses quatre-vingts ans et de son absence de casier judiciaire. Pourtant, dans notre doux pays, c’est plutôt les jeunes qu’on flanque au trou pour avoir toussé sans mettre leur main devant la bouche, non ? À l’issue du procès, on la remettait en liberté, car elle avait plaidé sa défense elle-même et convaincu le tribunal (séquence que, prudemment, on a oublié de filmer...). Ben voyons, ces choses-là se produisent tous les jours.

Histoire de parachever ce chef-d’œuvre de vraisemblance, Line se présentait ensuite devant la famille de Jean-Bélinda, annonçait qu’elle allait leur faire un peu de chantage, et abattait ses cartes : vous me signez un gros chèque pour dédommager le fils que vous avez renié, ou j’écris un livre et je passe chez Mireille Dumas. Ce qui emportait le marché.

J’ai toujours pensé que Mireille Dumas répandait la terreur.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

R
C'est vrai queMireille fait peur.
Je ne regarde jamais ses émissions: j'ai peur de voir un flot de sirop se répandre dans mon téléviseur, mon salon, ma maison, mon quartier...
horrible.
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