Frankenstein, enfant du féminisme

Publié le par Yves-André Samère

L’histoire féministe la plus significative et la plus amusante qui soit est racontée par Isaac Asimov, un auteur que j’appécie énormément et dont l’œuvre ridiculise tous ceux qui prétendent que la science-fiction est un « genre mineur ». Il la relate dans sa préface de son cycle sur les robots, dont je reparlerai une autre fois. Cette histoire, la voici, traduite dans mon style indigent et avec mon pauvre vocabulaire – circonstance que je vous supplie de me pardonner, mais le texte d’Asimov lui-même est trop long.

En août 1816, le grand poète britannique Shelley, bien que marié, et bien que sa femme Harriet eut récemment mis au monde un fils, filait le parfait amour avec une autre femme, Mary Goodwin, qu’il épousera plus tard, quand il sera devenu veuf, en décembre de cette même année. À cette date, il voyageait en Suisse en compagnie de son ami Lord Byron, écrivain célèbre, accompagné de sa maîtresse Clara, belle-sœur de Mary. Et, lors d’un séjour près de Genève, Mary pensa qu’elle pourrait écrire un roman fantastique sur… l’électricité, qui devenait très à la mode, et sur ses rapports hypothétiques avec la création de la vie. Les deux écrivains envisagèrent eux aussi de se lancer dans l’aventure, mais seule Mary tint la gageure, et acheva son roman l’année suivante, en Angleterre. C’était Frankenstein, qui fut publié en 1818 : un jeune étudiant en anatomie réussit à créer en laboratoire un être monstrueux et à lui insuffler la vie grâce à l’électricité. Mais la Créature ne peut trouver sa place dans la société, se retourne contre son créateur et son entourage, et les tue tous, puis va se perdre dans le désert. Deux films de James Whale, Frankenstein (1931) et La fiancée de Frankenstein (1935), sont issus directement de ce roman, sans compter les clones et les parodies.

Or le roman eut un tel succès que l’œuvre de cette débutante en littérature éclipsa, et de loin, celle de son mari. Il fut probablement à l’origine de cette croyance absurde qui donna naissance à tant de navets au cinéma, sur le mythe du « savant fou ». Aujourd’hui, on connaît peu le poète Shelley, mais tout le monde connaît Frankenstein !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Yves-André Samère 30/10/2011 19:55


C’est possible. Mon exemplaire du roman porte le nom de Mary Shelley.


DOMINIQUE 30/10/2011 19:43


Si mes -vieux- souvenirs sont bons, elle a écrit ce livre sous le nom de Mary Woolstonecraft, nom de sa mère.