Fruste - Rustre - Frustrer

Publié le par Yves-André Samère

Au fond, le monde se divise en deux camps : ceux qui croient que l’adjectif frustre existe, et ceux qui savent qu’il n’existe pas. Exemple pris dans la première catégorie, Bernard Thomas, chroniqueur théâtral au « Canard enchaîné », qui, cette semaine et dans son compte-rendu de la pièce qui se joue au théâtre de la Gaîté Montparnasse Une semaine… pas plus, écrit que le personnage de Sophie « découvre la manière un peu frustre qu’a son amant de traiter » un de ses amis.

La faute est si courante qu’il doit bien y avoir une explication. Cette explication, c’est la ressemblance purement phonétique entre trois mots, fruste, rustre et frustrer, qui n’ont aucun autre rapport entre eux que cette relative homophonie. Un adjectif, un nom, un verbe. Faisons une revue de détail.

L’adjectif fruste signifie, en gros, « usé », et, selon le Littré, « se dit d’une médaille ou d’une pierre antique dont on ne peut plus reconnaître les figures et les caractères ; d’une sculpture dont le temps a altéré la forme ». C’est un terme employé par les antiquaires, essentiellement.

Le nom rustre désigne quelqu’un de « fort rustique, fort grossier », et peut avoir pour synonyme rustaud.

Enfin, le verbe frustrer signifie « priver quelqu’un de ce qui lui est dû, de ce qui lui doit revenir, de ce qu’il espère ». Bien entendu, ce verbe se conjugue et donne lieu à la forme frustre à la première et à la troisième personne du singulier, au présent de l’indicatif. Mais cela n’a rien à voir avec le sens du pseudo-adjectif frustre, que je n’ai trouvé dans aucun dictionnaire, même ancien comme le Larousse du Vingtième Siècle.

Ah ! Quelqu’un me souffle dans mon oreillette qu’il se pourrait que le dictionnaire Robert accepte ce sens, qui est plutôt un contresens. Mais soyons sérieux, le Robert n’est pas un vrai dictionnaire, c’est une chambre d’enregistrement qui valide toutes les fautes (de grammaire, d’orthographe et de prononciation – la totale !), dès lors qu’elles sont commises par un nombre suffisant, à son avis, de cancres.

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