Fusibles - 3

Publié le par Yves-André Samère

Pompidou mort, ce fut, pour le remplacer, la foire d’empoigne. Chaban eut la maladresse de se déclarer candidat avant même que le corps fut froid, on jugea cela indécent, ce qui, ajouté à son histoire d’avoir fiscal qui avait fait office de peau de banane glissée sous ses pieds par Giscard... et Pompidou, lui ôta toute chance dès le départ. Laissons de côté les candidats de gauche, qui n’avaient aucune chance et le savaient probablement (Mitterrand se présentait pour la deuxième fois, ayant affronté De Gaulle en 1965, et il y avait des candidats plus pittoresques, comme Arlette Laguiller, qui tentait sa chance pour la première fois, et l’honorable René Dumont, écologiste mondialement connu et très écouté, mais qui n’était soutenu par aucun parti).

La nouveauté était dans la campagne de Giscard, qui inventait un nouveau style, celui de la com’, mais ne tenait pas à ce que ça se sache. On se souvient qu’il avait permis que Raymond Depardon filme toute sa campagne, mais, quand le film fut monté, il interdit sa diffusion ! Il fallut attendre... le 20 février 2002 pour le voir enfin.

Giscard fut élu, et la France éclata de rire quand on sut quel Premier ministre il avait choisi : le nouveau président possédait un château, or il choisit un Premier ministre également propriétaire (depuis très peu) d’un château, Jacques Chirac... La République prenait une drôle d’allure, et Chirac y gagna instantanément le surnom de Château-Chirac.

Mais les deux acolytes s’entendirent très mal, le président traitait son Premier ministre comme un valet puisque, le recevant au Fort de Bragançon pendant les grandes vacances, il le fit asseoir sur un tabouret quand lui-même s’installait dans un fauteuil, et Chirac, empêché de gouverner à sa manière, démissionna avec fracas au bout de deux ans de calvaire. Cette fois, le fusible sautait sans qu’on l’en priât. Il partit, et créa un parti à sa botte, le RPR, en vue de se préparer à l’élection présidentielle à laquelle lui aussi aspirait. Mais il dut attendre encore... dix-neuf ans !

Son successeur, Raymond Barre, avait été le ministre des Finances. Il ne broncha jamais, et Giscard n’eut pas à le renvoyer à ses chères études. Il eut bien l’illusion qu’il pouvait, lui aussi, viser la présidence, ce qu’il fit en 1988, mais, là  encore, sans aucun parti pour le soutenir, il n’avait aucune chance. Un fusible ne doit pas se prendre pour une centrale électrique.

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