Fusibles - 4

Publié le par Yves-André Samère

Eu égard à la durée totale de ses deux septennats, quatorze ans par conséquent, on pourrait dire que Mitterrand, qui n’a eu que sept Premiers ministres, a été plus économe que Vincent Auriol, qui en a eu... quinze en sept ans. Néanmoins, il faut corriger, et doublement. D’abord, sous Auriol, certains ont occupé ce poste plusieurs fois, et portaient le titre de Président du Conseil. Ensuite, Auriol, ancien ministre socialiste, n’était pas le maître du jeu : la majorité changeait-elle à l’assemblée, il avait aussitôt l’obligation de prendre un Président du Conseil dans cette majorité – tout comme en Angleterre (ce n’est pas parce qu’elle la trouvait « sympa » que la reine Elisabeth a nommé Margaret Thatcher). Mitterrand, lui, choisissait qui il voulait et renvoyait, sur un simple caprice, les Premiers ministres qui lui déplaisaient. On appelle ça une république.

Et puis, il est arrivé que le Premier ministre, comme en Angleterre, soit imposé par un changement de majorité : la célèbre « cohabitation », système unique et que nous avons inventé, cocorico. Il nous plaisait tant que nous l’avons utilisé trois fois.

Pierre Mauroy, très compétent maire de Lille et chef de la fédération socialiste la plus nombreuse du pays, a ouvert le bal des Premiers ministres de Mitterrand en 1981, mais il a été remplacé au bout de trois ans par Laurent Fabius, le plus jeune de la bande. Cependant, moins de deux ans après, les socialistes se sont fait battre aux élections législatives, et Mitterrand a été obligé d’installer Chirac, qu’il méprisait cordialement, à Matignon. Ce fut une guerre intestine qui réjouit beaucoup les amateurs de catch, guerre qui culmina lorsque, en 1988, le Premier ministre voulut devenir calife à la place du calife, et l’affronta dans une bagarre télévisée dont tout Français vivant a entendu parler – même s’il n’était pas né, puisque le dialogue, filmé intégralement, repasse fréquemment à la télé. Chirac ne resta que deux ans à ce poste, et Mitterrand, réélu à la présidence, installa Rocard à sa place, histoire de jouer les sadiques, car il le détestait encore davantage que Chirac et voulait, en le déconsidérant, lui scier définitivement tout avenir. On voit par ce trait que Mitterrand avait lu Machiavel.

Rocard renvoyé, Mitterrand voulut montrer qu’il était moderne et féministe, et, pour la première fois dans l’Histoire, le remplaça par une femme, Édith Cresson. Mais la ruse (la rose ?) était cousue de fil blanc, puisqu’il ne la conserva à ce poste que... dix mois et demi, et appela pour la remplacer un bon domestique, Pierre Bérégovoy, lequel n’avait cessé de savonner la planche de cette pauvre Édith. Néanmoins, Bérégovoy ne resta qu’un peu moins d’un an, puisque les élections législatives furent perdues, qu’on l’en tint responsable, et que tout le monde lui tourna le dos, au point qu’il se suicida : Bérégovoy fut l’un des trois suicidés de Mitterrand.

Après lui, et les socialistes ayant à nouveau perdu les élections législatives, on dut rappeler la droite, mais Chirac refusa de revenir, et ce fut Balladur qui devint Premier ministre. Tout modeste au début, un chat faisant sa chattemite, mais les dents lui poussèrent, et il osa se lancer dans la campagne pour l’élection présidentielle, dans laquelle, opposé à son ex-ami de trente ans Chirac et à Lionel Jospin, il fut éliminé dès le premier tour.

Ce fut le dernier fusible de Mitterrand, mais lui sauta tout seul !

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