Fuyons le cinéma !

Publié le par Yves-André Samère

En dépit de ma passion pour le cinéma, je suis un drôle de cinéphile. En effet, je déteste à peu près tout, dans le cinéma.

D’abord, il y a les spectateurs. Ils sont de plusieurs sortes. En premier lieu, les gens qui viennent dans une salle de cinéma pour boire ou manger. Ceux qui ont choisi d’acheter des bonbons à l’entrée, puis, au lieu de les manger d’emblée, une fois installés dans la salle, attendent que le film commence avant de faire crisser les papiers qui les enveloppent. Vous en avez pour une bonne demi-heure, avant qu’ils aient terminé leur festin sucré qui leur vaudra, s’il y a une justice, un bon diabète un de ces jours. Il y a aussi les obsédés du téléphone mobile, qu’ils allument une demi-douzaine de fois pendant le film, afin de ne surtout pas rater le dernier message arrivé sur leur boîte de courrier électronique. C’est pratique, vous avez deux écrans lumineux pour le prix d’un. Et je ne vous parle pas de ceux qui, ayant oublié d’éteindre l’engin diabolique, reçoivent un appel, et parfois y répondent pendant le film. Il y a encore ceux qui parlent avec leurs voisins et commentent tout ce qu’ils entendent, enrichissant ainsi le dialogue du film, qui en avait certainement besoin. Enfin, il y a le plouc, assis derrière vous, et qui martèle à coups de genoux le dossier du siège sur lequel vous êtes assis. Il va sans dire que tout cela dépend beaucoup du quartier : je connais des salles où le public est bien élevé, et dont certaines, ô stupeur, ne passent pas de publicité ! Par exemple le Brady ou le Latina, qui, outre cela, commencent à l’heure et n’ont aucun incident de projection. Mais mieux vaut ne pas se risquer à l’UGC des Halles, le pire complexe de Paris, et le seul du premier arrondissement. Ils avaient déjà dix-neuf salles, ils viennent d’en rajouter huit... Mon bonheur, c’est quand je me retrouve seul spectateur dans une salle immense, et que le projectionniste ne passe le film que pour moi. Alors, je suis comme Leo à la proue du « Titanic » : the King of the World.

Ensuite, il y a les distributeurs. Ceux-là, qui s’estiment seuls maîtres du titre des films qu’ils ont acheté, considèrent en général que les Français sont trop ignares pour connaître plus d’une douzaine de mots anglais, généralement d’une syllabe ; de sorte qu’ils rebaptisent les films ayant déjà un titre anglais, avec un autre titre anglais composé de ces mots plus simples. Si bien que The hangover devient Very bad trip, ou que The boat that rocked, dont le titre contenait un spirituel jeu de mots, est devenu Good morning England.

Et puis, il y a les sous-titreurs. Ces sinistres individus, dont le quotient intellectuel reste inférieur à la pointure de leurs chaussures, n’ont pas encore compris que les personnages dont ils traduisent les dialogues ne sont pas forcément de leur niveau culturel, ou ne vivent pas à la même époque. Par conséquent, ils entrelardent leur traduction de mots d’argot totalement saugrenus, ou d’expressions vulgaires qui sont de leur quotidien. En conséquence, travailler devient « bosser », le médicament est métamorphosé en « médoc », un appartement ou un petit-déjeuner sont dégradés en « appart » et en « p’tit déj’ », et autres innovations destinées à caresser le public jeune dans le sens du poil. Justement, ce matin, j’ai vu un film italien qui était un exemple parfait de ces sottises, mais il y en a eu d’autres, pas moins pittoresques.

Enfin, il y a les films trop longs. Un jour, je ferai comme Orson Welles, qui n’allait plus au cinéma quand le film durait plus d’une heure et demie, parce qu’il souffrait du dos ; ou encore, comme Philippe Muray, qui, à la fin de sa vie, n’allait plus voir les films en salle et les regardait chez lui, parce que, disait-il, en salle, on ne peut pas baisser le son.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

P
Le fait de renommer les titres de films a tendance à m'agacer également. Quant à ce que vous dites des spectateurs des salles de cinéma, ça me fait du bien de le lire... Personnellement, je refuse
d'aller au cinéma accompagnée par quelqu'un qui a la manie de parler pendant le film pour faire part de ces observations ô combien indispensables...
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Y
C’est constant aux États-Unis. Dans la série « Friends », l’expression revient très souvent, mais elle n’est pratiquement jamais comprise comme un hommage à Dieu. Et l’interjection
« Jesus ! » est plutôt un juron.
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G
J'ai entendu récemment oh my God traduit par oh la vache...
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