Général, maréchal

Publié le par Yves-André Samère

Je ne ferais pas une affaire d’État avec cette histoire de féminisation des noms de métier ou de fonction, sous réserve qu’on ne tombe pas dans le ridicule en écrivant auteure, professeure ou procureure, car cette féminisation-là, qui se contente d’ajouter un E à la fin des mots, est primaire. Ainsi, que président soit mis au féminin et donne présidente, c’est d’autant moins stupide que le mot féminin... existe déjà !

Mais il y a des cas un peu plus subtils. Ainsi de général et de maréchal.

Au temps où la France avait des maréchaux, l’épouse d’un maréchal était qualifiée de « maréchale », sans que cela semble anormal : la maréchale Leclerc, la maréchale De Lattre De Tassigny, la maréchale Juin, la maréchale Lyautey. En revanche, personne n’a jamais dit de Tante Yvonne qu’elle était « la générale De Gaulle » ! Pourquoi ? Parce qu’à son époque, aucune femme n’avait un tel grade dans l’armée, et que, par conséquent, un général de sexe féminin, c’était invraisemblable. En revanche, « maréchal » n’est PAS un grade, c’est une distinction. On était nommé maréchal quand on avait commandé en chef victorieusement face à l’ennemi – ce qui impliquait qu’on pouvait avoir été simple colonel et recevoir cette distinction (théoriquement, mais aucun exemple ne me vient à l’esprit). Et cette distinction était accordée à l’épouse, éventuellement veuve – elles survivent toujours.

Notez qu’il existe dans l’armée française une autre distinction, accordée cette fois aux simples soldats quand ils donnent satisfaction. On les nomme alors « soldats de première classe ». Et ils sont invités fermement à coudre un galon (un seul) sur la manche de leur uniforme. Si, par modestie ou parce que cette aumône ne les emballe pas, ils s’abstiennent, on considère que leur attitude est alors dédaigneuse, et on les engueule.

Une dernière remarque montrant que l’épouse d’un général n’est pas une générale, cette réplique qu’André Roussin faisait dire à un personnage de sa pièce (en alexandrins) Les glorieuses, en 1960 : « Lorsqu’un général meurt, est-ce que l’on confie ses troupes à sa veuve ? ».

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