Haro sur les malades !

Publié le par Yves-André Samère

Vous allez rire.

Je vous jure que vous allez rire. Et ce rire, c’est une fois de plus notre bien-aimé gouvernement qui vous l’offre, si je puis dire. Nos chers gouvernants, dont le comportement actuel (voyez l’affaire Woerth) n’est pas sans évoquer celui de rats sur une plaque chauffante, au point que Fillon se croit autorisé à dire des gros mots comme rigueur (qu’on n’avait pas entendu depuis Mauroy en 1983), nos chers gouvernants, disais-je, ont conçu dans une totale discrétion un nouveau moyen de sauver les finances de la Sécurité sociale. Or il est probable que vous n’en avez pas entendu parler.

La cible de l’innovation, c’est l’innombrable cohorte des malades de longue durée, atteints d’une maladie incurable. Pour la clarté de l’explication, supposons un instant que vous soyez diabétique – ce que je ne vous souhaite pas, puisque le diabète, à ce jour, ne se guérit pas. Dans ce cas, il est probable que vous êtes suivi par un spécialiste, qui vous prescrit une prise de sang tous les six mois pour contrôler votre glycémie – taux de sucre dans le sang. Et comme le diabète peut provoquer la cécité dans les cas graves, il vous prescrit également tous les deux ans un contrôle par un ophtalmologue.

Or les conseillers de l’immense Roselyne Bachelot ont décrété que cela ne suffisait pas, et qu’une bonne politique de prévention nécessitait d’en faire plus. Il a donc été décidé d’IMPOSER aux malades une prise de sang tous les trois mois et un contrôle en ophtalmologie tous les ans. Fréquence doublée, par conséquent, et dépense doublée pour la Sécu, qui devra rembourser tout ça. Une façon inédite de faire des économies, mais passons.

Naturellement, parmi ces salauds – je parle des malades, pas des conseillers de Roselyne, vous aviez compris –, il va s’en trouver qui négligeront la consigne et feront comme avant. Eh bien, la sanction est prévue, et elle sera financière ! S’ils sont jusque là remboursés à cent pour cent, ce qui est fréquent chez les malades de longue durée, on leur sucrera, c’est le cas de le dire pour des diabétiques, leur taux préférentiel. Et ils seront ramenés au niveau de remboursement des malades ordinaires, ceux que la médecine est capable de guérir. Ce sera bien fait pour leurs pieds ! Comment va-t-on repérer ces rebelles ? En fouinant dans les dossiers de santé de chacun et en pointant la fréquence de leurs consultations et de leurs analyses, évidemment.

Et la CNIL n’a poussé aucun hurlement pour atteinte à la vie privée ? Non, aucun. De cela comme du reste, elle s’en balance, la CNIL.

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