Heureux les infirmes ?

Publié le par Yves-André Samère

Aujourd’hui sort un film, Grigris, que je n’irai pas voir. Le réalisateur, Mahamat-Saleh Haroun, est le seul Tchadien enregistré sur le marché, et j’ai vu deux de ses longs métrages, un assez bon, Daratt, malgré un scénario un peu trop complaisant, et un moins bon, Un homme qui crie, lequel manquait à ce point de vraisemblance et de subtilité qu’à la fin un père jetait à la rivière le corps de son fils ! Il n’y a donc plus de crocodiles, dans les fleuves africains ? Ils sont tous devenus ministres ?

Grigris montre un infirme, un danseur avec une jambe paralysée. Or je fuis les films (ou les pièces) qui tentent de nous attendrir sur le sort des handicapés ! Ne vous méprenez pas, je ne dédaigne pas les malchanceux de la vie, ni ne les dénigre, et je ne suis pas comme Luis Buñuel, qui détestait les aveugles. Ce que je hais, c’est l’alibi qui consiste à les montrer en spectacle, donc à faire de l’exhibitionnisme, avec, en supplément ce cliché abominable : vouloir nous faire avaler qu’être infirme, c’est une chance formidable, et que les intéressés, ravis d’être ce qu’ils sont, nous dépassent en tout. Je n’ai donc pas aimé Elephant man, ni Rain man, ni Forrest Gump, je me suis abstenu d’aller voir Le huitième jour (Daniel Auteuil et un handicapé mental), et  ne goberais pas un scénario qui nous décrirait un peintre aveugle reproduisant La ronde de nuit, ou un musicien sourd capable de composer la Neuvième symphonie.

(Oh pardon, on me souffle dans mon oreillette que ça s’est produit dans la réalité)

Mais enfin, la mode est bien établie, et j’attends de pied ferme, quoique sans intention de le voir, un film dans lequel un danseur unijambiste dansera Le lac des cygnes mieux que Noureev et Baryshnikoff réunis, ou qu’un rappeur de cinéma, natif du 9-3 – autre handicapé, mais mental –, trouvera la solution du problème de la fusion nucléaire, qu’on cherche en vain depuis 1945. Mais puisque le public a la bonté de gober les escroqueries à coloration pseudo-humaniste, continuons. D’ailleurs, la pub télévisée fait ça quotidiennement, et tout le monde, gavé, a l’air de trouver cela très bien...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Comme je n’ai pas de cœur, ce n’est pas clandestin, chez moi.
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D
Oh que oui, se moquer de la bien-pensance est toujours un plaisir un tantinet clandestin ("quoi ? comment osez-vous dire cela ?") si on ne veut pas passer pour d'horribles sans cœur, mais très
agréable.
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Y
Confirmation bienvenue de ce que je tentais de dire à ma manière : en tournant les ignominies en dérision. On ne changera rien, mais c’est bon de s’en moquer.
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D
A tous ces bien-pensants, j'aimerais leur faire découvrir le plaisir et l'humanité à avoir un handicapé quotidiennement. Fauteuil roulant, fauteuil de transfert, lit médicalisé, douche adaptée,
fauteuil releveur, couches (ben oui, faut en parler), etc.
Ah mais non, on les voit toujours proprets, bien habillés, sans taches sur la chemise (au bout d'un moment on ne change les vêtements qu'une fois par jour).
Oui, c'est si bon d'avoir un infirme chez soi.
Je vais replonger d'ici quelques jours pour... je ne sais pas combien de temps. Avec joie et amour.
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