Hôtel Lambert

Publié le par Yves-André Samère

Si vous cherchez à retenir une chambre d’hôtel à Paris pour votre grand-mère de passage dans la capitale, évitez l’hôtel Lambert ! D’abord, ce n’est pas un établissement qui loue des chambres aux voyageurs, au sens où les Arabes disent que c’est un fondouq, et bien que le proprio actuel soit en effet un Arabe. Ensuite, l’hôtel Lambert va avoir besoin d’une petite rénovation. Ou plutôt, puisque celle-ci avait déjà commencé en juin 2012 (voir les vues de la rue Saint-Louis-en-l’Île sur Google Maps), d’un complément de rénovation.

Situé à la pointe est de l’Île Saint-Louis, à Paris, l’hôtel Lambert est en réalité un palais du dix-septième siècle, dont les avant-derniers propriétaires ont été les membres de la famille Rothschild, chez qui Michèle Morgan logea quelques décennies. Mais, sans doute parce que ces malheureux avaient des fins de mois difficiles et commençaient à tirer le diable par la queue, ils ont vendu leur humble masure au frère de l’émir du Qatar, qui cherchait un pied-à-terre. Certes, il préfère le Marais, où on le voit souvent, mais la rue Saint-Louis-en-l’Île est nettement plus calme que la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, bien que Brigitte Fontaine y habite aussi. Mais pourquoi un prince du Qatar a-t-il voulu posséder un palais à Paris ? Parce que le Qatar, qui n’existait pas avant 1971, en est un peu dépourvu. En fait, il ne s’y trouve que du sable et du pétrole. Et des esclaves philippins auxquels on a confisqué leur passeport, pour ne pas déroger à la coutume. Mais, à l’actif des Crésus du coin, mieux vaut acheter un palais à Paris que, par exemple, le PSG, voire le Printemps.

Bref, en pleins travaux depuis plus d’un an, l’hôtel Lambert a un peu brûlé cette nuit. J’y suis allé voir ce matin, il y avait bien vingt voitures de pompiers (avec grande échelle) dans tout le quartier, toute l’île sentait la fumée, et, sur le toit, un pompier s’affairait à défoncer les ardoises à coups de masse sous l’œil hilare d’une demi-douzaine de ses collègues, planqués sur le balcon, un étage plus bas. J’avoue que le spectacle décevait un peu, et qu’on a vu des mises en scène plus spectaculaires à l’Opéra ou au Châtelet.

Quant aux voisins, eux aussi riaient sous cape : l’émir, féru de modernisme, avait voulu faire construire dans SON hôtel un ascenseur pour automobiles, et les gens du quartier, hurlant au charron, ont saisi à l’époque le ministre de la Culture, qui a mis le holà, rappelant que le bâtiment est classé à l’inventaire des monuments historiques. Comme, désormais, tout est détruit à l’intérieur (davantage à cause de l’eau que du feu), le Qatari va devoir se chercher une autre piaule. Et il ne peut même plus revendre à Tapie, lequel vient de se voir confisquer ses biens si difficilement gagnés.

Mais que les deux larrons se consolent : ainsi que chantaient les Parisiennes en 1966, L’argent ne fait pas le bonheur.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Ne pas trop se faire d’illusions sur les musulmans dans le privé. Du temps d’Hassan II, le whisky coulait à flots au palais royal de Rabat. Le puritanisme, c’est pour la galerie. C’est pour ça
que les riches musulmans aiment tant la France.
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D
Et puis, des fresques où il doit y avoir des femmes à poil, ce n'est pas forcément du genre "émir".
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Y
En somme, ce type a fichu le feu à sa baraque pour pouvoir construire un ascenseur à bagnoles ? Ingénieux. Je préviens tout de suite la Matmut.
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D
Mais si! Maintenant, ce n'est plus un monument historique puisque les fresques, nous dit la ministre, ont été salement endommagées.
Donc, le monsieur plein de dollars va pouvoir construire son élégant et inspiré ascenseur à voitures!
Hé! il suffisait d'y penser et d'attendre, peut-être, que le "hasard" donne son coup de pouce?
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