« Huis clos » - Apparence et réalité

Publié le par Yves-André Samère

En ce moment, on reprend au théâtre du Lucernaire, à Paris, la pièce de Jean-Paul Sartre (Jean-Sol Partre, comme disait Boris Vian dans L’écume des jours), pièce créée en 1944, Huis clos. Il y a eu aussi un film en 1954, qui ne se contentait pas des quatre personnages, puisqu’il y avait des scènes d’extérieur (bien inutiles, à mon avis), où paraissaient trente-sept acteurs, dont, cela semble incroyable, Louis de Funès !

« Le Canard enchaîné » en rend compte cette semaine, et l’auteur de l’article a évité de citer la phrase qu’on répète chaque fois qu’il est question de la pièce, et que tout le monde connaît, « L’enfer, c’est les autres ». Merci au chroniqueur Jacques Vallet de n’avoir pas repris ce cliché, car la citation a toujours été comprise de travers, et Sartre lui-même avait expliqué ce qu’il avait voulu dire par là, et que je mettrai peut-être en ligne si je retrouve l’enregistrement – ce qui ne doit pas être impossible. Mais le plus drôle est la raison qu’il a donnée pour expliquer la genèse de cette pièce : « J’avais trois amis, et je voulais qu’ils jouent une pièce, une pièce de moi, et sans avantager aucun d’eux. C’est-à-dire, je voulais qu’ils restent ensemble tout le temps sur la scène. Parce que je me disais “S’il y en a un qui s’en va, il pensera que les autres ont un meilleur rôle au moment où il s’en va” ! Je voulais donc les garder ensemble ».

À quoi tiennent les pièces philosophiques...

Quant à la réplique citée plus haut, elle ne voulait pas dire que les autres nous font une vie d’enfer, car ce n’est pas une pièce sur les voisins et le tapage nocturne. En réalité, elle signifie ceci : le regard que les autres portent sur nous, l’opinion qu’ils ont de nous, et qui nous pèse, nous oblige à conserver un comportement dont nous ne pouvons plus sortir ; donc nous y perdons notre liberté.

C’est, au fond, une idée ultra-simpliste, mais ça, c’était le dada de Sartre, et on aurait eu beau jeu de répondre qu’il y a des gens qui se fichent bien de ce qu’on pense d’eux !

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