Illusion marxiste

Publié le par Yves-André Samère

Lorsque j’ai reçu en cadeau d’une amie Nos ancêtres les Gaulois, livre où François Reynaert reconsidère (les cons disent « revisitent ») l’histoire de France, j’ai commencé par l’utiliser comme un dictionnaire et cherché les passages qui m’intéressaient ou les évènements que je connaissais le mieux. Ce qui, soit dit sans vouloir dénigrer l’auteur que je trouve sympathique (il est amateur d’opérettes et les connaît toutes par cœur), m’a permis de constater qu’il conservait encore quelques illusions sur, par exemple, Jeanne d’Arc ; en effet, il persiste à croire qu’elle était « une bergère » ! Or elle-même l’a démenti deux fois, lors de son procès, les 22 et 24 février 1430  : « Je n’ai jamais gardé de bêtes, de moutons, pas davantage », et « Jamais gardé les animaux et autres bêtes ». C’est dans les actes du procès de Rouen. Et puis, une bergère qui habite le château de Bourlemont (il était situé dans une île sur la Meuse, qui formait la frontière entre la France et le Saint-Empire germanique, ce qui donne à penser qu’elle n’était même pas française !), permettez-moi de rire...

Mais récemment, je me suis mis à relire ce livre dans l’ordre, car il montre par la pratique cette évidence que les marxistes se sont trompés en voulant tout expliquer, de l’Histoire, par les conditions socio-économiques. Le marxisme a prétendu être une science (!) capable de tout expliquer. Or, évidemment, cela ne tient pas debout ! Pour ne prendre que ce cas, quelles conditions socio-économiques expliquent-elles la naissance en Corse, en 1769, d’un Napoléon Bonaparte ? Peut-on sérieusement croire que, si ce Bonaparte-là n’était pas né à ce moment, un autre Napoléon Bonaparte serait apparu ailleurs et à un autre moment, qui aurait fait exactement la même chose que lui, parce que la situation économique du pays l’aurait fait naître ?

En outre, je crois que les évènements ne peuvent s’expliquer que par la stricte chronologie et par les actes, voire la simple existence, des personnages importants : si, en 1392, au lieu d’une fille, le roi Philippe IV le Bel avait eu un fils, celui-ci aurait pu régner après la mort de son père puis de ses deux premiers frères ; le roi d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère, n’aurait eu aucune raison de revendiquer la couronne de France ; et on n’aurait pas eu la Guerre de Cent Ans ! Tenter de comprendre l’histoire (de France ou de tout autre pays) en ignorant ce qui s’est passé auparavant, c’est parfaitement absurde. Mais des générations de collégiens et lycéens ont eu des professeurs d’histoire adeptes du marxisme appliqué à leur discipline, et qui en ont dégoûté leurs élèves.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
J'ai oublié quelque chose. L'excellent livre de Michel Carmona sur Richelieu (intitulé, devinez, "Richelieu") consacre le tiers de son livre à Henri IV et Sully. Pour mettre les choses en
perspective, faire le bilan de l'état de la France, etc. Après, bien sûr, entre en scène Richelieu. Mais s'il avait débuté par lui, cela aurait été beaucoup plus aride, car les enjeux n'auraient
pas été définis.
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D
Entièrement d'accord. C'est ce qui rend d'ailleurs l'Histoire passionnante : on ne peut comprendre le présent que par le passé. Je me suis profondément ennuyée pendant les cours d'Histoire, alors
que cette matière peut vraiment intéresser, comme je l'ai compris par moi-même. Maintenant on considère que ce n'est qu'une matière optionnelle, et que la chronologie (les fameuses dates dont 1515
!) c'est le diable. Bravo le mammouth.
Quant à Reynaert, ce que j'aime bien, c'est qu'il n'arrive pas à être sérieux très longtemps.
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