Impôts, ou le parcours du combattant

Publié le par Yves-André Samère

Depuis des années, je paye mes impôts par Internet, sur le site officiel www.impots.gouv.fr. Jusqu’à l’année dernière, néanmoins, je n’y faisais pas ma déclaration de revenus, qu’on prétendait pré-remplie et qui ne l’était jamais – en ce qui me concerne. Payer ainsi ses impôts était très facile, donc ça ne pouvait pas durer.

En septembre, j’ai voulu régler ma dette à un État qui semblait en avoir bien besoin – si j’en crois tous ces ministres qui oublient de se mettre en règle ou se découvrent une phobie administrative –, mais là, grosse bogue du site : à toutes mes tentatives, je me faisais renvoyer dans les cordes, sous le prétexte que j’avais mal orthographié mon nom. Ce genre d’aventure arrive peut-être à Nabilla ou à un rappeur de base, mais me soupçonner de ça, c’est le déshonneur suprême.

Furibard, j’ai donc envoyé un message à l’administration, qui s’est fendue d’une réponse le lendemain. L’explication et le remède procédaient de la logique de la cuite : conséquence d’une amélioration du site des impôts (vous savez bien, chaque fois que quelque chose ne marche pas en France, on vous dit toujours qu’on a fait des modifications pour mieux vous servir), la zone de texte destinée à recevoir l’identité des contribuables n’acceptait plus les traits d’union ! Authentique. Ah, mes parents, comme je vous en veux de m’avoir choisi un prénom composé ! Vous ne pouviez pas me prénommer Kevin ou Brandon, comme tous les enfants de France ?

Bref, je me suis remis à la tâche et j’ai supprimé le trait d’union gênant. Ce qui, soit dit en passant et aux yeux de la loi, laquelle est stricte, revient à fournir une fausse identité ! L’administration des impôts poussant les contribuables à violer la loi, c’est un de ces petits détails qui vous font aimer la vie... Mais cette fois, j’ai pu payer mes impôts, ouf, le pays était sauvé.

Jusqu’à la semaine dernière, où j’ai eu encore une petite note à payer. Mais cette fois, nouvelles modifications : pour arriver à la bonne page à partir de celle d’accueil, il m’a fallu :

- dans la colonne Particuliers, cliquer sur Gérer mes paiements ;

- dans la nouvelle page qui s’ouvre, cliquer, tout à fait en bas, sur Payer en ligne ;

- dans la nouvelle page qui s’ouvre, recopier mon Numéro fiscal dans la seule zone de texte où on peut le faire (et vous n’avez pas intérêt à faire une erreur !), puis cliquer sur Continuer ;

- dans la nouvelle page qui s’ouvre, et dans la fenêtre de gauche, cliquer sur Payer en ligne – tiens, comme deux paragraphes plus haut, c’est un site conçu par des bègues ;

- dans la nouvelle page qui s’ouvre, recopier la référence de l’avis d’imposition reçu, dans la seule zone de texte où on peut le faire (et, bis repetita, vous n’avez pas intérêt à faire une erreur), puis cliquer sur Confirmer ;

- dans la nouvelle page qui s’ouvre, et qui en principe contient les renseignements sur votre identité et sur votre établissement bancaire, confirmer à nouveau en cliquant, à supposer que ces renseignements sont exacts (voir le début de cet article) ;

- dans la nouvelle page qui s’ouvre, on vous dit que vous avez terminé, et on vous demande si vous voulez recevoir un message de confirmation. Clic éventuel, si vous n’avez pas une crampe dans l’index. Puis vous faites ce que vous voulez. Par exemple, épuisé par ce parcours du combattant, vous allez dans votre salle de bains avaler un tube entier de véronal.

Récapitulons : pour parvenir à ce prodigieux résultat, vous avez dû cliquer SIX FOIS, voire sept. Comme webmaster de trois sites, j’ai appris très tôt, par mon ami Franck qui est ingénieur en informatique, que c’est de l’amateurisme que de forcer vos visiteurs à cliquer plus de trois fois pour arriver à l’endroit qu’ils désirent voir. Il s’ensuit, par conséquent, que le site de l’administration des impôts a été conçu, soit par des débutants, soit par des débiles mentaux. Cliquez sur l’option de votre choix.

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