Intégristes de la laïcité ?

Publié le par Yves-André Samère

Des écrivains de droite, on en trouve à la pelle, et certains ont du talent. Par exemple Jean Dutourd, récemment décédé,  l’un des hommes les plus intelligents qu’on ait pu rencontrer, en dépit de la réputation d’imbécillité que lui faisait « Le Canard enchaîné ». Et puis, à côté d’eux, il y a Denis Tillinac...

Tillinac était aujourd’hui l’un des invités de Stéphane Bern dans Le Fou du Roi, venu faire de la réclame pour un de ses bouquins où il défend le catholicisme. On a parfaitement la possibilité de défendre le catholicisme... à condition de passer à la trappe les atrocités dont il s’est rendu coupable. Allez donc voir l’excellent film Même la pluie (en V.O., Tambien la lluvia), histoire de vérifier en quoi a consisté la colonisation effectuée par Christophe Colomb, par exemple. Mais même un défenseur du catholicisme devrait éviter les bourdes et les ignominies déversées au micro par Tillinac, qui a notamment parlé des « intégristes de la laïcité ».

Les intégristes de la laïcité, ça n’existe pas. Cette expression est un des thèmes favoris de la droite, avec « les usagers pris en otage par les grévistes ». La laïcité, ça consiste justement à mettre TOUTES les religions sur le même plan, à les admettre sans en privilégier aucune. On devrait offrir un dictionnaire à ce monsieur Tillinac, écrivain, mais pas très familier avec le sens des mots. Aucun laïc n’a jamais eu l’intention d’interdire les religions. Aucun laïc n’a inventé les bûchers où l’on brûlait les prétendues sorcières, ni les atroces supplices auxquels on soumettait les régicides, même quand ils n’avaient tué personne (je pense à Damiens), ou les simples suspects dans un procès, et l’Inquisition n’est pas l’œuvre de Jules Ferry ! Je ne parle même pas des guerres de religion, mais voici un petit florilège des exploits de l’Église catholique.

D’abord, l’antisémitisme de l’Église catholique est une évidence. En 1983, l’évêque Maurin publie La synagogue de Satan ; en 1869, le pape Pie IX bénit le livre de Gougenot des Mousseaux, Le Juif, le judaïsme et la judaïsation des chrétiens, d’ailleurs préfacé par le directeur du séminaire des Missions. En 1492, Ferdinand le Catholique ordonna l’expulsion de tous les Juifs d’Espagne. Et c’est le pape Innocent III qui, en 1215, a imposé aux Juifs le port d’un vêtement spécial et d’un signe distinctif (l’ancêtre de l’étoile jaune, en quelque sorte), les a soumis à un tribut d’Église, et les a confinés dans des ghettos.

Et puis, un peu d’Histoire : du 24 août au 17 septembre 1572, lors du fameux massacre de la Saint-Barthélémy, les catholiques immolent en France 50 000 protestants (on en fit rôtir en plein Palais-Royal), et Catherine de Médicis, qui avait ordonné le massacre, reçut les félicitations de toutes les puissances catholiques d’Europe, dont celle du pape Grégoire XIII, lequel fit allumer des feux de joie et frapper une médaille commémorative. Sans jamais être condamnée, loin de là, par l’Église, la « sainte » Inquisition a massacré des dizaines de milliers de gens de la fin du dixième siècle jusqu’en 1808, et le Vatican protesta énergiquement lorsque les Cortes (le parlement espagnol) la déclarèrent anticonstitutionnelle en 1813.

Naturellement, dans l’émission de Bern, pas un seul des participants n’a remis Tillinac à sa place. Tous ont laissé passer sans moufter ses propos imbéciles. J’ai pour ces manieurs de brosse à reluire un mépris aussi ardent que le Vésuve et l’Etna réunis. Didier Porte manque vraiment à l’émission, qui a perdu tout son punch.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D

Seigneur, que d'atrocités a-t-on commises en ton nom !


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