Interdire le téléphone mobile à l’école

Publié le par Yves-André Samère

Il n’est pas idiot, ce Loys Bonod qui a pris comme devise « Ce qui est moderne peut (aussi) être idiot ». Professeur de français au lycée Chaptal de Paris, âgé de 37 ans, il tient un blog intitulé La vie moderne, qui vaut sans doute d’être consulté, car il y parle beaucoup de l’enseignement. Vous faites comme vous voulez, mais je vous conseille ses pages si vous avez du goût pour l’humour à froid (sinon, vous ne seriez pas ici, à user vos yeux sur mes petits écrits).

Le désastre de l’enseignement en France, il le commente abondamment, et ne caresse pas ses responsables dans le sens du poil. J’ai surtout retenu que, selon lui, les atteintes au système d’enseignement remontent aux années 90 – même si j’estime qu’il faudrait remonter plus loin. Mais c’est que cette période a vu l’extension extraordinaire du téléphone mobile (que les Français, seuls au monde, s’obstinent à qualifier de « portable », mais peu importe) et d’Internet en général, puisque, de nos jours, la plupart des téléphones, les smartphones, sont connectés à Internet.

Le numérique, reconnaît Bonod puisque lui-même s’en sert abondamment, fait partie de nos vies, mais il n’a rien à faire à l’école, alors même que le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, veut renforcer ce pseudo-moyen d’enseignement à coups d’ordinateurs et de tablettes « pour tous ». Or, naguère, l’un des pionniers de l’ordinateur, Bruno Lussato, ferraillait contre l’introduction des ordinateurs dans les classes, et il avait prévu la plupart des calamités qui se sont produites ensuite dans notre système d’enseignement. Il a d’ailleurs écrit L’imposture informatique, avec François de Closets, en 2000, livre qu’évidemment j’ai lu, sinon je ne le mentionnerais pas. Pourtant, Lussato était le contraire d’un passéiste...

Bref, Bonod pense que le numérique, non seulement ne sauvera pas l’école, mais aggravera plutôt la crise, en ce sens qu’il y a un âge pour tout, et qu’on doit d’abord apprendre à penser avant de se lancer à corps perdu dans les trucs à la mode. Eh oui, au contraire de ce que croient les parents neuneus qui pensent avoir un petit génie à la maison parce que leur gosse est un as aux jeux vidéo ou sait télécharger la dernière chanson de Justin Bieber (alors qu’eux-mêmes ne sauraient même pas effacer un fichier), l’informatique, ce n’est pas facile, cela doit s’apprendre comme tout le reste, nécessite pas mal d’esprit critique, et réclame des années d’efforts et de concentration ! Ce qu’on exige d’un apprenti pianiste ou violoniste, c’est aussi indispensable à un futur ingénieur en informatique : du travail, de l’effort, de la persévérance, et surtout... de ne pas rechigner parce que c’est ennuyeux de réfléchir ! Rien à voir avec la facilité et le fun, comme il faut dire.

Mais parlons plutôt du téléphone à l’école. À quoi sert-il ? À rien, affirme Bonod, non sans raison. Il est plutôt nuisible, puisqu’il distrait les élèves des cours qu’ils devraient écouter, leur offre des prétextes pour faire autre chose (envoyer des SMS, prendre des photos, filmer des séances de brimades afin de les envoyer sur YouTube), permet de tricher ou de ne plus se fatiguer à chercher ailleurs que sur Internet, et, en fin de compte, qu’il sape l’autorité du professeur, lequel passe en deuxième position, loin derrière le dernier iPhone brillant de tous ses feux bidons. Et comme les sanctions sont désormais mal vues de tout le monde, et que les chefs d’établissement, tout comme d’ailleurs les parents, craignent désormais de déplaire aux jeunes, voire tremblent devant eux, il ne subsiste aucun remède.

On nous dit qu’installer dans les lieux publics des brouilleurs capables de rendre autour d’eux les téléphones inopérants, ce serait une atteinte à la démocratie. Il faut croire que saboter l’enseignement, c’est une bonne pratique démocratique !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Les pauvres n’ont jamais vu le désassemblage d’un programme d’échecs en assembleur Z80 (et je ne parle pas du 386)...
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K
Alors là ! Chapeau.
Je suis tout à fait d'accord avec vous. Informaticien professionnel dans le développement pur et dur, j'ai toujours râlé après les gens qui voient leurs enfants comme des hackers géniaux dès qu'ils
sont capables d'installer un programme sur le pc. Comme si faire un pansement au doigt faisait de vous un docteur en médecine. Bye
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