Interdire Wikileaks ?

Publié le par Yves-André Samère

On n’a jamais intérêt à faire trop de bruit, surtout quand on veut étouffer une affaire. Je vous avais déjà parlé de « l’effet Streisand », du nom de la chanteuse qui avait voulu empêcher que des photos aériennes de sa propriété soient publiées sur Internet, et sur un site qui ne visait nullement le scandale, mais illustrait simplement l’érosion du littoral où la maison est construite. La chanteuse n’y avait gagné qu’une chose : la multiplication des sites qui reproduisaient l’unique photo litigieuse, qui, dès lors, au lieu d’être vue par quelques personnes qui n’y auraient pas prêté plus d’attention que cela, a été vue par des millions de curieux, lesquels ont laissé quelques commentaires aimables pour la propriétaire de la bicoque.

Eh bien, c’est un peu ce qui arrive avec les documents publiés par Wikileaks. Le bruit qu’a fait leur publication a été tel, qu’il est devenu impossible de les dissimuler, et que la fermeture éventuelle de quelques sites, comme celui hébergé en France par l’entreprise OVH, n’aura aucun effet. Car les sites « miroirs » – c’est-à-dire dupliquant d’autres sites, souvent depuis un autre pays – se sont multipliés par dizaines, et que, ce qu’on ne trouve plus ici, on peut le trouver ailleurs, identique. Phénomène bien connu, les tentatives d’interdiction font en réalité la publicité de ce qu’on voulait interdire !

Ainsi, chez nous, le très aimé Besson, devenu ministre de l’économie numérique, a demandé au Conseil Général de l’Industrie de l’Énergie et des Technologies (CGIET, et sic pour cet emploi du mot technologies) les moyens juridiques ou techniques pour expulser Wikileaks hors de France, c’est-à-dire hors de chez OVH. Peine perdue, l’hébergeur ne s’est pas laissé faire et a saisi le juge des référés. Mais, même si OVH perd contre Éric Besson, le jugement n’aura aucun effet, comme expliqué ci-dessus.

En fait, c’est Wikileaks qui va y gagner : une auréole de martyre. D’autant plus qu’il a des alliés, les cinq grands journaux qui ont publié les documents qu’il leur a fournis. Et se mettre à dos le « New York Times », le « Guardian », « El País », « Der Spiegel » et « Le Monde », c’est se passer la corde au cou pour les prochaines élections.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y

J’avais parlé de Wikileaks, me semble-t-il, il y a un an et demi, le 23 juillet très précisément, et je me doutais un peu qu’un scandale finirait par éclater... et que je souhaitais ! Ça
n’a pas manqué.


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A

C'est tout à fait vrai. En bon "geek" (comme on dit de nos jours) qui se respecte, je connaissais l'existence de Wikileaks depuis des lustres. Mais ce n'est que depuis quelque jours que tous mes
amis et collègues m'en parlent, souvent en commençant par : "Tu connais Wikileaks ? J'ai vu ça à la télé...".

Le phénomène est si grand que même ma propre mère est venu m'en parler.


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