Jamais - Ne jamais

Publié le par Yves-André Samère

Lorsque des géniteurs sans le sou vous font naître, qui plus est, dans une contrée où les universités sont aussi rares qu’un trait d’esprit dans la bouche de Jean-Marc Ayrault, vous n’avez guère de possibilité d’accumuler les diplômes, et, assez vite, vous êtes forcé de gagner votre vie. Ce qui n’empêche rien, les livres remplacent à peu près n’importe quoi, sauf les machines à café.

Moyennant quoi, vous n’êtes pas obligatoirement privé de certains petits plaisirs, comme, par exemple, celui que je m’offre ici de me payer la tête du président de la République. Lui a pu les accumuler, les diplômes : Hollande a fréquenté Sciences Po, l’ENA et HEC (l’horreur suprême !), il est donc censé connaître, à défaut du moyen de nous sortir de la crise, du moins les rudiments de la langue du pays.

C’est pourquoi je me suis intensément marré, hier soir, en l’entendant, lors de l’allocution autosatisfaite consécutive à la signature d’un contrat pour la vente d’avions Airbus à l’Indonésie, parler du « plus gros contrat qui n’ait jamais été passé par Airbus ». Tilt !

Il est dangereux, ce mot jamais. À utiliser avec des pincettes. Car il a au moins deux sens, et je résume pour ne pas vous casser les pieds :

- employé seul, il signifie « à un moment quelconque ». Par exemple, le plus beau tableau que j’ai jamais vu désigne le plus beau tableau que VOUS AVEZ VU de toute votre vie.

- employé avec une négation, il signifie au contraire « à aucun moment ». Par exemple, je n’ai jamais vu ce film laisse entendre que vous ne l’avez PAS VU du tout.

Il est facile à présent de comprendre que Hollande a voulu entendre ceci : ce contrat est le plus gros qu’Airbus a signé, et qu’il aurait dû dire « le plus gros contrat qui ait jamais été passé – sans aucune négation dans sa phrase. Le contraire de son affirmation, qui sous-entendait une négation.

Il me semble pourtant qu’il n’improvisait pas, mais lisait un texte écrit au préalable : on le voyait baisser les yeux sur son papier pour donner le nombre d’avions commandés. Mais dans les deux cas, la faute reste.

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