James Ellroy, humoriste

Publié le par Yves-André Samère

James Ellroy est le seul Yankee auquel j’ai jamais serré la main, sans d’ailleurs l’avoir voulu. Naturellement, je connaissais assez bien ses livres, et je savais qu’il était de droite. Je soupçonnais aussi qu’il était un fameux pince-sans-rire, ne dédaignant pas de se payer la tête de ses intervieweurs.

Présent ce matin sur France Inter pour faire la promotion de son dernier livre, il a copieusement roulé dans la farine le meneur de jeu Nicolas Demorand, qui d’ailleurs n’a pas été dupe de son éloge outré des entreprises – lesquelles n’ont évidemment rien à se reprocher –, de la justification de son orientation politique par la volonté de payer moins d’impôts, et de la présence de Dieu dans ses romans policiers, présence qu’on avait assez mal perçue à ce jour ! Demorand lui a renvoyé la balle en le traitant deux fois de « réac », et, ma foi, il n’a pas eu tort.

Ellroy n’a pas non plus oublié de se qualifier de « grand écrivain », de préciser qu’il écrit de « grands romans », et de faire une publicité sans frein à son éditeur français, Rivages. Au passage, et sans doute soucieux de polir son image auprès des lecteurs de « Têtu », il a par deux fois nommé « l’homosexuel J. Edgar Hoover », le chef inamovible (tant qu’il vécut) du FBI, mentionnant gentiment que l’homme ne connut jamais l’amour, « ni avec un être humain, ni avec un animal ». Sic.

Mais le meilleur moment de ces quarante minutes fut offert au téléphone par une auditrice qui se présenta comme humaniste, et qui cherchait visiblement une approbation, par l’écrivain, de ses propres opinions. En effet, elle l’interrogea sur ce que devenait un homme dont je n’ai pas retenu le nom, et qui apparemment se trouvait en prison aux États-Unis, sous l’accusation, injuste prétendit-elle, d’un meurtre dont on ne sut rien, et que les journalistes présents dans le studio ne connaissaient pas non plus. N’importe quel invité de France Inter aurait donné dans un humanisme encore plus dégoulinant, pour se faire bien voir. Pas Ellroy ! Il rétorqua que le prisonnier en question était un sale type qui avait bien mérité d’aller en taule, qu’il devait s’estimer heureux d’avoir échappé à la chaise électrique, et le compara aux Rosenberg et à Sacco et Vanzetti, coupables eux aussi, et qui n’avaient pas volé leur exécution.

Derrière son poste de radio, l’auditeur qui déteste le politiquement correct avait de quoi se gondoler...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

D
<br /> En effet, ce n'était pas triste ce matin, et, c'est suffisamment rare pour le souligner, Demorand n'a pas fait dans l'admiratif gnangnan.<br /> <br /> <br />
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Y
<br /> Ellroy est un type très bizarre. Avantage : il stimule ses interlocuteurs.<br /> <br /> <br />