Je hais les préfaces !

Publié le par Yves-André Samère

Savez-vous ce que je déteste par-dessus tout, outre le foie gras, les oignons cuits, les films de Kechiche et les promesses des hommes politiques ? Eh bien, c’est la préface des livres ! On jurerait que le préfacier a entrepris de vous dégoûter de l’ouvrage qu’il préface. Et parfois, c’est à plusieurs que ces zigotos se coalisent (évidemment. Difficile de se coaliser tout seul).

Tenez, j’ai à portée de main les Essais de Montaigne, dans l’édition du Livre de poche, imprimée en Italie en mai 2007. Un pavé de 1853 pages, où les écrits de Montaigne proprement dits n’occupent que 1688 pages. Or il faudrait en ôter :

- l’introduction par l’éditeur (12 pages) ;

- l’orientation bibliographique (2 pages) ;

- la note sur l’édition (9 pages) ;

- l’extrait du privilège du roi (1 page) ;

- la préface par sa « fille d’alliance » (sic, et seulement 43 pages !) ;

- et les diverses pages blanches, de garde, de titre, etc.

Sans compter les 21 pages du précis de grammaire et les 40 pages d’index, qui ne sont pas complètement inutiles néanmoins, plus les remarques sur le texte (44 pages), et, naturellement, la table des matières (5 pages à elle seule).

Je me serais bien résolu à cette opération chirurgicale : au moyen d’un cutter, extirper du livre tout ce fatras, qui occupe 8,9 % du livre, ce qui aurait l’avantage d’une cure d’amaigrissement, toujours bienvenue en un temps où l’obésité fait des ravages. Malheureusement, mon seul cutter, qui m’a beaucoup servi à lacérer les fauteuils des salles de cinéma m’ayant récemment infligé de mauvais films (aucun de Kechiche, je ne suis pas assez fou pour perdre mon temps de façon aussi naze), est à ce point usé qu’il n’entamerait seulement pas le contenu d’un bol de crème Chantilly.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Aucun mépris. Sans le préciser, je raillais Jérôme Garcin qui, présentant sur France Inter « Le masque et la plume », interdit à ses critiques de « raconter la fin » des
films.

Or, lui-même, quand il n’aime pas un film (par exemple de Spielberg, qu’il déteste), ne se gêne pas pour en dévoiler la fin.

Je visais donc un tartuffe des médias.
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M
Je n'ai pas écrit que seul le dénouement comptait...
Pour autant, je tiens beaucoup au plaisir de la découverte lors de la première lecture. Il y a une forme de mépris à considérer que le lecteur doit forcément connaître la fin d'un livre, aussi
célèbre soit-il.
Cela ne m'empêche pas de relire des livres, de revoir des films ou de remanger des cerises.
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Y
Cela ne me gêne pas beaucoup qu’on me raconte la fin dans la préface. On relit souvent des livres qu’on a déjà lus. Par conséquent, on sait déjà que Robinson Crusoë a fini par rentrer en Angleterre
et qu’Anna Karénine s’est jetée sous un train.

Si seul le dénouement comptait, on n’écouterait pas deux fois une chanson, on ne reverrait aucun film, et, passé la naissance de son premier enfant, on chercherait une autre femme.
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Y
Leurs auteurs doivent les lire...
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D
Je ne lis jamais une quelconque préface. Généralement rebutantes, sans intérêt au mieux, qui ne sont apparemment là que pour faire mousser le rédacteur avec ses savantes digressions.
Je me demande d'ailleurs qui s'amuse à les lire.
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M
Très juste.
N'oubliez pas les préfaces qui se permettent de vous donner en quelques lignes un résumé de l’œuvre, succinct mais néanmoins entier. Les rédacteurs estiment sans doute que connaître la fin d'une
histoire avant de commencer à la lire n'altère en rien le plaisir de la lecture. Je me suis fait avoir plusieurs fois (méfiez-vous notamment de la préface au roman "L'île" de Robert Merle, en
folio), et ai tout simplement cessé de les lire.
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