Je ne crains pas la FOMO !

Publié le par Yves-André Samère

Il paraît qu’existe une nouvelle maladie : la FOMO. En fait, cela signifie fear of missing out, c’est-à-dire la peur de rater quelque chose. Elle frappe les gens qui sont en permanence connectés à Internet : Twitter, Facebook, flux RSS des journaux, etc. Ceux-là ont donc toujours sur eux leur smartphone, qui reste allumé, et une alerte sonne dès qu’un évènement quelconque a provoqué la mise à jour des sites, blogs et réseaux auxquels ils se sont abonnés (gratuitement, pour la plupart). Je connais une foule d’individus qui sont dans ce cas.

Eh bien, bonne nouvelle, je ne suis pas atteint de FOMO ! Pour tout dire, je me fous de l’actualité, et si je la commente assez souvent puisque je ne suis tout de même pas autiste (quoique...), je me paie de temps à autre le luxe de parler de faits qui datent, disons... un peu. Pour une raison qui m’est propre : doté – certains diraient « affligé » – d’une mémoire capable de garder le souvenir du premier film que l’ai vu à deux ans et demi, voire du berceau dans lequel je dormais un an plus tôt et de l’appartement où ma famille vivait alors, j’ai des archives mentales qui feraient saliver d’envie le conservateur des Archives nationales. En foi de quoi, il m’arrive, tenant certains hommes politiques pour de pures canailles, d’exhumer l’un ou l’autre de leurs exploits, à seule fin de rire un brin. Quoique jaune, parfois.

Ainsi, tenez, Mitterrand, que plus personne n’ose critiquer, PUISQUE... il est mort (Brassens l’a dit, tous les morts sont de braves types). Or, assez tordu pour ne pas respecter les morts, j’aurai le mauvais goût de rappeler ce petit fait qui aurait toute sa place dans « l’inventaire » dont parlait Jospin – à ce détail près que Jospin ne l’a jamais évoqué ! Cela concernait la sinistre affaire du sang contaminé, qui a éclaté en public au printemps 1991, lorsque « L’Évènement du jeudi », journal qui n’existe plus, a publié une excellente enquête de sa journaliste Anne-Marie Casteret, à laquelle « Le Canard enchaîné » s’est empressé de faire écho. Il s’agissait de la sinistre affaire du sang contaminé.

En gros, c’était ceci : on avait découvert par hasard, en 1984, que le fait de chauffer des extraits du plasma du sang (des concentrés de facteur VIII) permettait d’inactiver le virus du sida qu’ils pouvaient contenir. On évitait ainsi de refiler le virus actif à des hémophiles, ou à tout patient ayant besoin d’une transfusion. Or le Centre National de Transfusion Sanguine, pourtant averti, a continué de distribuer ses stocks de sang non traité, et contaminé entre 6000 et 8000 malheureux, dont 1200 hémophiles – et parmi eux des enfants, qui en sont morts. Or l’enquête a découvert que le patron du CNTS, le docteur Michel Garretta, avait émis une note de service ordonnant de continuer cette distribution tant qu’il existerait des stocks non écoulés ! Faut pas gaspiller... Et la distribution gratuite de virus a duré jusque fin 1985.

Naturellement, Mitterrand est au courant de tout cela : comment le chef de l’État, qui est l’homme le mieux renseigné de France, surtout celui-ci, qui est un intoxiqué des écoutes téléphoniques et des potins croustillants sur les actrices, ignorerait-il ce que font ses ministres et son administration ? Certes, le scandale n’est pas encore connu du public, mais dans les milieux politiques, on sait tout, car l’affaire a fait grand bruit. Or, le 16 juin 1989, le ministre de la Santé, Claude Évin, reçoit du service des décorations de l’Élysée une lettre disant que Mitterrand demande au ministre d’inscrire Garretta sur la liste des décorés de la Légion d’Honneur pour le 14 juillet suivant. Évin, qui a déjà sur le dos les associations d’hémophiles et de transfusés, les premiers intéressés, fait observer que ce n’est peut-être pas le moment (!), mais Mitterrand insiste, on ne refuse rien au monarque, et Garretta sera bel et bien décoré la fois suivante !

NB : Garretta a été condamné, en correctionnelle et non aux assises, à quatre ans de prison ferme pour « tromperie » et « non-assistance à personne en danger », et à 500 000 francs d’amende. Il a fait appel, mais il a perdu. On l’a libéré en 1995. Il a ensuite travaillé comme « chasseur de tête », à Paris, dans un cabinet de recrutement d’origine états-unienne, spécialisé dans l’industrie pharmaceutique. En mars 2002, il a eu le culot de réclamer une indemnisation de deux millions d’euros à son ancien employeur, le CNTS.

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