« Jeanne d’Arc, le stratagème »

Publié le par Yves-André Samère

Mercredi 8, citant « Le Canard enchaîné », j’ai mentionné un livre de François Ruggieri, Jeanne d’Arc, le stratagème. Cet auteur, qui est avant tout producteur de cinéma, y expose une thèse hardie : Jeanne la Pucelle n’a jamais existé, son rôle a été tenu par un jeune homme, Philippe d’Orléans, fils adultérin de la reine Isabeau de Bavière (la mère du roi Charles VII) et de Louis d’Orléans (frère du roi fou Charles VI, père de Charles VII), donc le demi-frère illégitime du roi. Et que tout cela résulte d’un complot monté par Yolande d’Aragon, mère de l’épouse du roi, pour remettre les Orléans sur le trône de France.

Il se trouve que j’ai lu ce livre, et que mon impression est partagée.

D’une part, il n’est pas très bien écrit : les fautes d’orthographe et de ponctuation sont nombreuses, et l’auteur croit que l’adjectif frustre existe (« les frustres Français », à la page 160), quand il entend rustre. Passons. Et surtout, son histoire, qui se présente comme un roman raconté par un compagnon de Philippe, est peu étayée, car il ne suffit pas de dire que l’histoire de Jeanne la Pucelle a été propagée par un clergé complice, en oubliant que la réalité du personnage « qui n’a jamais existé » (sic !) est attestée par d’innombrables témoins visuels et par les minutes de ses deux procès. Toute cette histoire – je parle de la légende de Jeanne qu’on enseignait dans les écoles naguère – a beau être suprêmement tordue et complètement invraisemblable, on n’a pu truquer TOUS les documents et témoignages, et cela rappellerait trop l’histoire de l’avion détourné par les complices de Ben Laden et qui ne s’est jamais écrasé sur le Pentagone…

Et puis, la bibliographie insérée en fin de volume ne compte ni le livre d’Henri Guillemin, Jeanne, dite Jeanne d’Arc, ni le petit opuscule de Roger Colet, Jehanne Pucelle d'Orléans, enseigner son histoire ou propager sa légende, qui sont des ouvrages de première importance (les cons disent « incontournables »).

Néanmoins, les invraisemblances de la légende justifient qu’on ne rejette pas l’hypothèse, défendue par des tas de gens sérieux, selon laquelle Jeanne était bien la demi-sœur bâtarde du roi Charles VII, et nullement une humble bergère née à Domrémy de parents paysans, Jacques d’Arc et Isabelle Romée. Parce qu’alors, rien n’expliquerait que cette humble bergère (état qu’elle a nié plusieurs fois lors de son procès), élevée dans un village qui ne se trouvait pas dans le royaume de France à cette époque, ait connu si bien le français au point de faire bonne figure à la Cour, qu’elle ait su monter à cheval et se battre, et que, bien avant qu’elle ait mis les pieds à Orléans, on l’appelait partout « la Pucelle d’Orléans ». Ce surnom, faute de désigner la ville avec laquelle elle n’avait jamais eu le moindre rapport, désignait en fait sa famille, et beaucoup semblaient être dans la confidence.

Du reste, on sait que, des quatre missions qu’elle prétendait lui avoir été confiée par Dieu, l’une était de ramener en France le frère de Louis, le célèbre Charles d’Orléans, prisonnier à Londres, et qui devait d’ailleurs y rester trente ans, puisque cette mission échoua !

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y

Je ne conteste pas les thèses hardies, cher aviateur, étant moi-même en mesure de prouver que « Sarkozy » est l’anagramme de « Napoléon » (mais le troisième du nom, celui dit
« le petit » par Victor Hugo).

Quant au terme « incontournable », que j’affectionne, son emploi me va droit au cœur. Faites une recherche sur ce mot dans mon bloc-notes, vous trouverez une multitude de petites notes
qui font son éloge.


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B

je défends une thèse encore plus hardie, établissant in fine que Jacques Crozemarie était en fait un descendant de Jeanne d'Arc, et qu'il était le prétendant au trône de France, sous le nom de
Jacques d'Orléans! Ma thèse étant incontournable, je vous prierais de ne pas la contourner. Compte-tenu de son caractère explosif, aucun éditeur n'en veut, évidemment, ceci joint au fait que je ne
l'ai toujours pas formellement rédigé.


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