Jeanne et le calendrier

Publié le par Yves-André Samère

Dialogue entendu au Quai des Orfèvres, siège de la police judiciaire :

– Où étiez-vous dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582 ?

Non, il n’y a pas de faute de frappe, et je plaisante. L’adoption, dans les pays catholiques d’abord, du calendrier grégorien en remplacement du calendrier julien, a entraîné cet évènement sans précédent : dix jours sont passés à la trappe ! Ce qui ne signifie pas qu’aujourd’hui, ce fossé de dix jours subsiste encore entre les pays sous calendrier grégorien et ceux qui, éventuellement, pourraient ne pas l’avoir adopté (je doute que cela existe, et le dernier à l’avoir validé est la Chine communiste, en 1949), car l’ajout des années bissextiles a gommé en partie cette différence.

D’où cette curiosité : Shakespeare et Cervantes sont morts à la même date, le 23 avril 1616, mais... pas le même jour. En effet, l’Espagne a validé le calendrier grégorien dès le début, mais l’Angleterre, seulement en 1752. Si bien que Cervantes est mort un samedi, et Shakespeare un dimanche... huit jours plus tard.

Il y avait donc lieu de rigoler doucement lorsque, chez nous, le 6 janvier dernier, une foule d’hommes politiques ont cru devoir se couvrir de ridicule en célébrant le six centième anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc. D’abord, parce que nul ne connaît sa date de naissance, pas même elle au moment de son procès, où l’intéressée déclara d’abord, en 1431, qu’elle avait « à peu près 19 ans, à ce qu’il semblait », puis, le lendemain, « sur mon âge, je ne saurais absolument rien dire » (Procès I, 46).

Mais admettons un instant que Jeanne soit bien née, comme ils l’ont tous radoté, le mercredi 6 janvier 1412, donc sous le calendrier julien. Six cents ans plus tard, en restant dans le même calendrier, sans avoir retranché les fameux jours supplémentaires, nous serions le jeudi 6 janvier 2012. Or, puisque nous avons changé de calendrier, le véritable 6 janvier 2012 est tombé un vendredi ! Cela ne colle plus. En fait, il aurait fallu tenir compte du décalage, et commémorer l’évènement le 12 janvier.

Mais ne demandez pas à des politiques de s’en tenir à la réalité, ce sont de tels poètes...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Yves-André Samère 29/01/2012 09:36

Excommuniée ET brûlée !

DOMINIQUE 28/01/2012 19:00

Oh, sur ce coup, ils nous ont pris pour des truffes. A la limite, "année Jeanne d'Arc", encore que, on en bouffe déjà assez de cette soi-disant sainte.
Vous croyez que je vais être excommuniée ?