Jeux de mains

Publié le par Yves-André Samère

J’ai entendu Raymond Depardon, le photographe qui a fait le portrait officiel de François Hollande, remarquer judicieusement que les Français souhaitaient avoir « un président avec des mains ». Comme il a raison ! C’est qu’une recherche très simple sur les portraits officiels des présidents de la Cinquième République donne en effet des résultats surprenants. Passons tout cela en revue.

Dans l’ordre chronologique, Charles De Gaulle arrive en tête, et lui avait bien deux mains. Cette intéressante particularité n’a pu échapper à personne, en raison de la charmante manie qu’il avait d’élever constamment ses deux bras au dessus de la tête pour faire une sorte de V dont on suppose qu’il symbolisait on ne sait quelle victoire ne lui devant pourtant rien. Certes, il ne faisait pas cela sur sa photo affichée dans les mairies, mais ce portrait lui-même, que j’ai sous les yeux, prouve bien qu’il avait deux mains, la droite étant posée sur deux livres superposés.

Lui succède Georges Pompidou, qui avait deux mains aussi, sa droite reposant cette fois sur une table où ne se trouve aucun livre. Pompidou se contentait d’être agrégé de lettres, mais ne le faisait pas savoir sans arrêt.

Après lui vint Giscard qui se dit d’Estaing. Et là, catastrophe, Giscard n’a pas de main du tout ! On ne sait quel accident l’en a privé. Pourtant, il n’est pas tombé d’un train comme Paul Deschanel...

Mitterrand arrive ensuite, et, moins pudique que l’était Pompidou, il pose avec un livre ouvert, qu’il tient des deux mains. On quittait avec soulagement le régime du président manchot.

Chirac, qui lui succède, a-t-il voulu rendre hommage à Giscard, qu’il détestait et déteste toujours, ou plutôt le caricaturer ? Toujours est-il que sa pose narquoise, les deux bras en retrait et ses deux mains (supposées) dans le dos, il n’affiche ni ces organes de la préhension, ni le moindre livre.

Sarkozy, qui vient ensuite, est un cas : visage vu de face mais corps photographié de trois-quarts, il ne montre... qu’une seule main ! Revoilà donc le président manchot, mais manchot partiellement. Naturellement, il ne tient aucun livre, pas même La princesse de Clèves.

Le dernier est Hollande, et on a déjà tout dit.

Reste donc à récapituler : sur sept présidents, on ne recense que neuf mains. Où sont passées les cinq qui manquent ? C’est sur cette grave question que je vous laisse, en vous adressant le salut qui a immortalisé Lucien Jeunesse, naguère présentateur sur France Inter du Jeu des mille francs : « À deux mains, si vous le voulez bien ! »

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
J’envoie immédiatement la suggestion à Raymond Depardon.
Répondre
D
Dans le bon livre d'Isabel Allende, "la fille du destin", une anglaise, exilée au Chili, se fait portraiturer par un peintre coté dans la société huppée, qui ne peint que les visages et les mains,
laissant le reste à ses arpettes. La main est facturée x argent, du coup elle s'en fait peindre trois. Une leçon à retenir pour le prochain président, afin de faire remonter les statistiques.
Répondre