L’Église et le mariage gay

Publié le par Yves-André Samère

Mon camarade Albert a laissé un commentaire sur mon article Entendu à la manif. Allez le lire, car je vais le décortiquer ici (le commentaire, pas Albert).

① Les évangiles : aujourd’hui, on ne les prend plus au pied de la lettre, à moins d’être naïf – ou pas curieux. La plupart des historiens, même croyants (juifs, catholiques, protestants, orthodoxes) s’accordent sur le fait qu’ils ont été rédigés au moins cinquante ans après la mort présumée de Jésus, le premier à s’y coller étant probablement Marc, mais il écrivait d’après une autre source restée mystérieuse, qu’on appelle « la source Q » (pour Quelle, qui signifie source en allemand), et qui demeure introuvable. En tout cas, aucun des quatre évangiles retenus, les « canoniques », par opposition aux « apocryphes » (c’est-à-dire non officiels, et il y en a eu des dizaines, parfois écrits des siècles après les évènements) n’était l’œuvre d’un apôtre de Jésus, en dépit de la similitude de deux noms, Jean et Mathieu – et Jean n’a rien écrit du tout, c’était un simple pêcheur illettré. En fait, leurs noms sont sans doute des pseudonymes. Toujours est-il que leurs textes ne sont pas des livres d’histoire, mais de propagande pour la foi nouvelle.

② Jésus est le fils de Dieu, c’est à voir ! Lui-même dit sans arrêt qu’il est « le fils de l’Homme », mais on n’a jamais su ce qu’il entendait par là. Ce serait curieux qu’il désigne Dieu sous ce nom. De même, à aucun moment il ne se reconnaît comme le Christ, et avait interdit à ses disciples de l’appeler ainsi.

③ Marie restée vierge ? Aucun évangile ne le prétend ! Et si on l’avait cru en son temps, saint Paul, le véritable fondateur du christianisme – Jésus n’ayant rien fondé du tout –, aurait bondi sur l’occasion pour la donner en exemple, lui qui abhorrait toute idée de relations sexuelles. Mathieu dit qu’elle était fiancée à Joseph, puis, plus loin, qu’elle était sa femme, alors que Luc mentionne seulement qu’elle et Joseph était fiancés. Seul Mathieu parle d’un ange qui annonce que l’enfant à naître sera issu du Saint Esprit, dans un court passage fortement soupçonné d’être une interpolation d’un copiste bien intentionné. Nulle part il n’est question de Marie RESTÉE vierge, cette notion a été introduite, comme un dogme, bien plus tard, sur la demande des peuples d’Orient qui souhaitaient un dieu né d’une vierge, comme dans bien d’autres religions antérieures. On a fait pareil pour la date de naissance de Jésus, même le pape actuel l’a reconnu : il fallait que ce fût au solstice !

④ Joseph ayant adopté Jésus, selon l’évangéliste Luc ? Je n’ai trouvé aucune référence à cela. Il s’est contenté de ne pas renvoyer Marie tombée enceinte quoique pas de lui (on pense qu’elle l’était d’un de ses fils, à moins que ce fut d’un soldat romain nommé Panthera, selon un malveillant). Joseph disparaît totalement de la circulation après l’épisode de Jésus oublié à douze ans à Jérusalem. Joseph ne parle jamais, n’agit jamais hors ses voyages, on l’ignore à peu près complètement. On ne connaît pas la date ni les circonstances de sa mort, non plus.

⑤ La sainte famille comme modèle ? À voir le comportement de Jésus avec ses parents, on en doute : un vrai sale gosse antipathique. Lorsque, le retrouvant dans le Temple de Jérusalem, ils lui font gentiment des reproches, il leur répond « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? », ce qui est très aimable pour Joseph. Avec sa mère, il est carrément offensant ! Mathieu raconte, au chapitre XII, verset 46 à 50, qu’on rapporte à Jésus que « sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler », et il répond froidement « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? », puis, tendant la main vers ses disciples, il ajoute : « Voici ma mère et mes frères ». De même, lors des noces de Cana, quand Marie vient lui dire qu’il n’y a plus de vin, il l’envoie grossièrement promener : « Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? ». Autrement dit, mêle-toi de tes oignons. Ah, le brave garçon !

⑥ Le « problème » du mariage homosexuel « réglé depuis près de 2000 ans ». Hélas pour les intéressés, ils attendent encore : l’Église, s’appuyant sur la loi de Moïse, n’a jamais fait aucun pas dans ce sens. Ou alors, je demande la référence. Et ce n’est pas l’évangéliste Luc qui, bien que médecin (on le pense), se souciait de cela. Personne n’aurait osé soulever une question aussi saugrenue pour l’époque.

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