L’« honneur » de Jean-Luc Hees

Publié le par Yves-André Samère

Que Jean-Luc Hees, PDG de Radio France, veuille venger ce qu’il appelle son « honneur » en virant Stéphane Guillon, on peut à la rigueur le comprendre : l’humoriste supposé l’avait à plusieurs reprises attaqué nommément dans ses chroniques du matin, et aucun chef d’entreprise ne supporte cela. Des deux côtés, inélégance.

Mais qu’il renvoie Didier Porte, nul ne l’a compris, et l’immense François Morel a exprimé ce matin toute cette incompréhension. Citons-le : « J’ai du mal à comprendre, en particulier, que Didier Porte soit écarté du Fou du Roi, où son style caustique, mordant, impitoyable vis-à-vis des fausses valeurs et des vrais pantins, contrebalançait si bien l’attitude naturellement empathique et indulgente de Stéphane Bern ». Jamais Porte ne s’en est pris ni à la présidence de Radio France, ni à la direction de France Inter. De nouveau présent dans cette radio après un entracte de deux ans et demi consécutif à un premier renvoi en 1997 (pour avoir s’être moqué de Johnny Hallyday, comble du ridicule !), ayant tenu l’antenne pendant onze années consécutives, avec un succès sans cesse grandissant, il avait réussi à faire de France Inter la radio la plus écoutée à l’heure de son passage, peu après midi. Ce qui lui est reproché, chacun a compris que c’était un prétexte : avoir mis dans la bouche de Dominique de Villepin le verbe enculer, que son directeur Philippe Val ne s’est jamais privé d’utiliser lorsqu’il faisait équipe avec Patrick Font.

Jean-Luc Hees, disons-le sans tourner autour du pot, est un menteur : il a prétendu, depuis mercredi à 13 heures sur France Inter jusqu’à son passage au Grand Journal de Canal Plus le lendemain à 19 heures, n’avoir pas été le bras armé de l’Élysée pour virer un contestataire de tout ce qui salit l’honneur du pays ; et donc, avoir décidé seul. S’il existait un Prix Pinocchio, ce spadassin serait lauréat sans discusssion possible. On l’a aussi entendu dire que Val était un très bon directeur de France Inter – alors que tout le personnel le déteste –, et que l’ambiance dans la station était très bonne ! Cette ambiance que Morel, toujours ce matin, a qualifiée d’« ambiance de merde ». Mille pardons, plutôt que Hees, on préfère croire Morel, qui n’a aucun intérêt à mentir. Mais Hees, tellement populaire dans la maison qu’il pédège, ne doit pas beaucoup sortir de son bureau...

Enfin, la direction a eu l’inélégance de ne pas prévenir Stéphane Bern que l’on congédiait son chroniqueur vedette, comme un domestique qui a volé une montre (merci Montherlant !) ; et Hees, pour l’achever, a ensuite lancé un sarcasme à ce patron qui soutient ses employés (Bern m’a fait savoir qu’il était « encore sous le choc » et qu’il restait « mobilisé »), raillant les protestations du cher frisé d’un méprisant « Ça ne coûte pas très cher de se déclarer solidaire trente secondes ». Évidemment, Bern ne va pas saborder son émission... et mettre toute son équipe au chômage ! Mettre autrui au chômage, en revanche, cela ne gêne ni Hees ni Val.

Alors, pour y revenir, l’honneur de Jean-Luc Hees ? Si vous le trouvez, prière de le rapporter au commissariat le plus proche. Merci.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y

Mais où diable ai-je écrit que le renvoi de Guillon était JUSTIFIÉ ? J’ai écrit qu’on pouvait le COMPRENDRE (relire ma notule) quand on est dans la peau de Hees. Entre « comprendre »
et « justifier », il y a un gouffre ! Je n’aime pas Guillon, mais jamais je n’ai approuvé, encore moins réclamé son éviction.


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J

Bonjour,
Je suis d'accord avec ce que vous écrivez sauf sur un point:
Que HEES ait viré Stéphane GUILLON est aussi injustifié que le licenciement de Didier.
Quand le droit à la satire s'applique, il s'applique à tous, y compris à HEES, qui doit donc l'accepter même quand elle le vise.
Je trouve Didier beaucoup plus fin que Stéphane GUILLON, mais à mes yeux ils sont l'objet de la même censure, de la même injustice. Je ne peux donc pas cautionner la distinction que vous faites.


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