L’interview selon Laurent Weil

Publié le par Yves-André Samère

Voici un court extrait d’une interview de Woody Allen et des acteurs d’un de ses films par l’ineffable Laurent Weil, montrant que ce pseudo-journaliste est adepte de la question fermée – en d’autres termes, la question qui contient la réponse attendue. Question à laquelle l’interviewé, s’il est bien élevé (et c’est le cas de la plupart des vedettes, qui savent qu’on ne doit jamais s’aliéner un journaliste, surtout employé par une chaîne de télévision puissante et productrice des films de cinéma), répondra presque toujours courtoisement et comme il faut, en donnant la réponse attendue et convenue – malgré quelques exceptions. Ça et là, je me suis amusé à imaginer d’autres réponses possibles.

LW.- Pourrait-on comparer Minuit à Paris (le film que Woody venait de sortir) à un conte de fées, comme Cendrillon, par exemple, avec un avant et un après minuit ?

WA.- Non, pas vraiment, je n’y ai pas pensé. (Là, il est un peu contrariant, Woody, il n’a pas encore compris)

LW.- Est-ce que cela a été difficile de choisir tous ces acteurs ? J’imagine que, quand on a su que vous alliez faire un long métrage à Paris, tout le monde voulait en être.

(Je passe la réponse, faite sur un mode accommodant, sur le thème « Je brûlais de venir travailler à Paris et de faire jouer Carla Bruni »)

LW.- Vous avez fait un casting spécifique pour les femmes, et ensuite pour les hommes, Gad Elmaleh par exemple, aussi, dans votre film ?

LW.- Vous vouliez critiquer les Américains en voyage en Europe ?

LW.- Vous trouvez que Paris est une ville de culture ?

(Non, on n’y trouve que des incultes, pas comme aux États-Unis)

LW.- Mais vous ne pensez pas que, parfois, les Français, et en particulier les Parisiens, sont un peu arrogants ?

LW.- Pourquoi aimez-vous tant tourner en Europe maintenant, c’est comme un second souffle pour vous ?

LW.- Pour ce film, Minuit à Paris, c’est important pour vous de connaître la réaction du public français ?

(On imagine bien que Woody va rétorquer que la réaction du public français est absolument sans intérêt)

LW.- Owen Wilson était votre premier choix pour ce rôle, et pourquoi vouliez-vous travailler avec lui ?

WA.- Quand j’écrivais le scénario, je ne pensais pas à Owen. [...] Owen me paraissait très éloigné de ce que j’avais écrit. (Mal élevé, décidément, ce Woody)

LW.- Vous pensez que tout est possible à Paris ?

LW.- Votre idée était de mélanger des acteurs américains et français ? [...] Tourner avec des acteurs français, c’est aussi un peu excitant pour vous ?

(Non, ça me bassine, c’est fou)

LW.- Vous avez des scènes avec Léa Seydoux ou Marion Cotillard, les actrices françaises, c’était particulier ?

(Tu sais bien que non, ballot, elles sont comme toutes les actrices, elles ne pensent à rien)

Ensuite, Laurent Weil interviewe les acteurs du film :

LW.- Owen [Wilson], vous avez tout de suite su que ce film était important pour Woody ?

(Non, pas du tout, Woody se foutait éperdument de son travail, comme toujours)

LW.- Donc le personnage de la côte Ouest que vous interprétez, Owen, est un cadeau, mais aussi une surprise ?

LW.- Pour vous, Owen, travailler avec Woody, c’est une expérience différente ?

(Ben non, c’est banal, je fais ça tout le temps)

LW.- Rachel [McAdams], quand vous avez su que vous alliez tourner avec Woody Allen, c’était une grande nouvelle ?

(Ben non, ça lui était indifférent de tourner avec ce réalisateur de quatrième ordre totalement inconnu)

LW.- Léa [Seydoux], tout d’abord, est-ce que, quand on est jeune comédienne, de recevoir une proposition de tourner dans un film de Woody Allen, là aussi, c’est quelque chose qu’on prend presque comme un choc, euh, et ça faisait partie, vraiment sincèrement, des réalisateurs avec lesquels t’avais envie de travailler ?

LS.- Oui. (Une corvée, tu parles !)

LW.- Vraiment ? Tu dis pas ça après coup ?

(Là, il la traite de menteuse, quasiment)

LW.- Qu’est-ce qui est spécifique au travail de Woody ? C’est particulier pour une jeune actrice ?

LW.- Michael [Sheen], dites-moi, travailler avec Woody Allen, c’est particulier ? Pendant le tournage, vous essayiez d’oublier que Woody est une légende ?

(Je ne savais même pas que c’était quelqu’un de connu)

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

P
Hahaha, ça m'a toujours beaucoup fait rire ce genre de questions, et c'est un travers dans lequel tombent bon nombre de journalistes je trouve. "Et alors, est-ce que c'était agréable de tourner
avec ce réalisateur ?" Non, vous pensez bien, c'était une plaie mais je l'ai fait quand même parce que j'étais super bien payé pour ça... "Et l'ambiance sur le tournage, c'était comment ?"
Horrible, à la seconde même où je les ai vu j'ai détesté tous mes compagnons d'infortune... Ca, moi aussi je peux le faire !
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