La condamnation à mort de Brasillach

Publié le par Yves-André Samère

Philippe Bilger, avocat général près la cour d’appel de Paris – comme on dit dans le charabia judiciaire –, écrivain et blogueur, publie un livre sur Robert Brasillach. Étrange histoire.

Brasillach était écrivain, un bon écrivain, et connaisseur en matière de cinéma, puisque tous les cinéphiles connaissent son Histoire du cinéma (je l’avais achetée, deux tomes en Livre de Poche), d’abord publiée sous son seul nom en 1935, puis rééditée en 1943, avec son beau-frère Maurice Bardèche comme co-auteur. Hélas pour tout le monde, pendant la Deuxième Guerre Mondiale, il avait pris des positions fortement antijuives, et cela lui valut à la Libération un procès pour intelligence avec l’ennemi, devant les assises de la Seine, curieusement mené car il ne dura que six heures, et la délibération, qui décida de sa mort... seulement vingt minutes ! Aussi bien le livre de Bilger s’intitule-t-il 20 minutes pour la mort. Robert Brasillach : le procès expédié. On ne saurait mieux dire.

Je ne suis pas en train de défendre Brasillach, ni les antijuifs, et j’ai rompu l’année dernière toute relation avec un ami qui en faisait un peu trop dans ce domaine. Mais enfin, la Justice française est une virtuose du « deux poids-deux mesures », car Brasillach n’a pas été le seul ! Un autre écrivain célèbre, Jacques Benoist-Méchin, a été secrétaire d’État aux Affaires étrangères dans le gouvernement de Pétain, de 1940 à 1942, et il a été gracié en 1947, après une condamnation à mort, parce que les excitations de la Libération étaient un peu loin. Il devint plus tard un familier du roi du Maroc, Hassan II. Mais en 1945, la raison d’État sous sa version gaulliste prévalait.

Brasillach fut assez stupide pour céder à sa passion de l’antisémitisme, associée à sa germanophilie galopante. Mais enfin, il n’avait tué personne. Ou alors, il aurait fallu condamner Louis-Ferdinand Céline, lui aussi. Mais De Gaulle lui refusa sa grâce (c’est Vincent Auriol, et non De Gaulle, qui gracia Benoist-Méchin), parce qu’il estimait que le talent de Brasillach était... une circonstance aggravante ! En somme, Brasillach fut puni pour ses idées ; nauséabondes, mais des idées.

Drôle d’époque, l’Occupation. Sartre et Simone de Beauvoir n’eurent aucune velléité de résistance, et Sartre continua de faire jouer ses pièces devant un public de nazis (Les mouches, cela date de cette époque), mais tous deux se gardèrent bien d’intervenir en faveur de Brasillach. En fait, celui qui prit sa défense, ce fut l’ultra-gaulliste François Mauriac, pourtant copieusement insulté par lui avant 1940. Il faudra, un de ces jours, qu’on révise un peu l’opinion qu’on garde du couple Sartre-Beauvoir, il n’était pas si exemplaire...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

A
Merci pour cet article, que je me permets de commenter, sortant de beaucoup d'ouvrages consacrés à ce sujet - même si je ne suis pas sûre d'apporter de grandes nouveautés.

Benoist-Méchin n'a jamais eu autant de zèle que Brasillach. Brasillach, dans Je suis partout, n'a eu de cesse de réclamer la tête de Mandel, de se réjouir de certaines exécutions, et de clamer non
seulement sa haine des Juifs mais également d'encourager leur persécution. En temps de guerre, la plume est une arme.
Plus poli, plus mesuré, moins convaincu, Benoist-Méchin ne réclamait pas des têtes, ne se réjouissait pas des morts quels qu'ils soient ; enfin, il n'avait pas l'influence incroyable de Brasillach
sur la population. D'où la différence de traitement.

Il me semble que Simone de Beauvoir, non seulement n'a pas défendu Brasillach mais a donné de la voix pour qu'il soit exécuté ! Elle pensait sans doute que crier avec les loups lui éviterait de
répondre de son comportement pendant la guerre, et elle a eu raison : en dépit de la collaboration passive de Sartre et Beauvoir ces deux auteurs demeurent des idoles fêtés.
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C

Tout à fait d'accord et merci de remettre à sa place cette vérité matraquée en permanence...


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