La démocratie inventée par les Grecs ?

Publié le par Yves-André Samère

Je l’ai naguère écrit ICI à propos de Justin Bieber, et abondamment prouvé depuis, je me méfie des réputations bien établies, flatteuses ou infamantes. Disposition d’esprit qui me place parfois dans l’obligation de n’être d’accord avec personne, mais je m’en contrefiche, je ne roule pas sur des rails.

Ainsi, je me marre abondamment quand j’entends dire, par un cuistre doublé d’un conformiste, que la Grèce antique a « inventé la démocratie ». C’est, à mon avis, doublement faux, sur le plan historique et sur le plan sémantique.

Sur le plan sémantique, parce que, à l’époque où le mot démocratie (le mot, pas la chose, voir plus loin) a été forgé, c’est-à-dire au cinquième siècle avant notre ère (j‘en ai par-dessus la tête de lire « avant Jésus-Christ », encore un cliché archi-naze), ce que nous nommons « la Grèce » n’existait pas plus, politiquement, que la Belgique sous Louis XIV ou la Yougoslavie aujourd’hui. C’était alors un agrégat de petits États, Chalcidique, Thrace, Carie, Ionie, etc., parfois réduits à une simple ville, Athènes, Sparte, Thèbes, Mégare, sans compter celles implantées sur la Turquie actuelle comme Éphèse ou Milet, et de régimes politiques très divers, sans aucun chef régnant sur tout cela et tentant de l’unifier. États qui, en outre, passaient leur temps à se faire la guerre entre eux sans qu’on y voie une guerre civile – indice que la Grèce antique était à peu près aussi unie que l’Italie avant 1860.

Sur le plan historique, s’il est exact que les Grecs de ce temps-là ont inventé le mot démocratie, puisqu’il se compose de deux racines bel et bien grecques, demos pour « peuple » et kratos pour « pouvoir », jamais ils n’auraient eu l’idée de lui donner le sens qu’il possède de nos jours ! Il nous semble normal et naturel que ce pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple, comme disait Abraham Lincoln, soit exercé par tout citoyen majeur et en possession de ses droits civiques – dont même les prisonniers, dans la plupart des pays avancés, ne sont pas privés. Mais les États grecs, y compris ceux qui n’étaient pas des oligarchies, pratiquaient une démocratie du genre élastique : ne pouvaient être citoyens ni les femmes, ni les enfants mineurs, ni les esclaves, ni même... les marins ! Et, pour couronner le tout, ne pouvaient exercer une parcelle du pouvoir que les citoyens dégagés de leurs tâches, donc plus ou moins oisifs, c’est-à-dire aisés.

Cerise sur le gâteau, alors que nous pratiquons la séparation des pouvoirs, cette notion était inconnue en « Grèce », et le même citoyen pouvait être à la fois législateur et juge. Quant aux élections, elles ne se faisaient pas par vote, mais par acclamations ou tirage au sort.

La démocratie à la manière de la Grèce antique est donc aussi recommandable que celle qui prévaut dans des pays se disant démocratiques, comme l’Algérie (République algérienne démocratique et populaire, sic), ou les ex-démocraties populaires, satellites de l’URSS défunte.

Il faudrait développer davantage, mais je crois que l’essentiel est dit : la démocratie n’est pas plus née à Athènes qu’à Boston.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
C’est justement ce que je conteste. Un embryon de démocratie, ce n’est pas (encore) la démocratie, et le mot n’est pas la chose. Je ne suis pas le seul à voir là une caricature.
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C
L'embryon de la democratie est ne dans les cites grecques. Mais c'est tout de suite moins sexy...
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Y
Très peu, rassure-toi.
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A
Ca existe la démocratie ?
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