La double récidive

Publié le par Yves-André Samère

Il est évident que l’expression « double récidive » implique un délit commis trois fois. C’est ce qu’entend, aux États-Unis, la loi dite « Three strikes law » (abréviation de « Three strikes and you are out! », phrase appartenant au vocabulaire du baseball et signifiant « Tu es pris trois fois, tu es hors jeu ! ». Elle prévoit l’incarcération de longue durée des criminels ayant fait l’objet de trois condamnations.

Naturellement, les régimes diffèrent selon la nature des crimes ou délits, et selon l’État qui applique la loi. Ainsi, à New York et depuis les années 70, on l’utilise pour ceux liés au trafic de drogue. Mais en Californie, on est allé plus loin, et la loi, approuvée à 72 % lors d’un référendum, retient 500 crimes et délits pour définir la récidive. Lors de la première rechute, donc du deuxième délit, elle impose le doublement de la peine. Lors de la troisième condamnation, le minimum prévu se situe entre vingt-cinq ans et la perpétuité, sans possibilité de remise de peine. C’est presque ce qui est arrivé à un jeune Noir qui avait volé sa pizza à un consommateur dans un fast-food : vingt-cinq ans de prison ! Autre cas, celui d’un homme qui en était à sa troisième récidive : la première fois, il avait volé une radio ; la deuxième, il avait uriné dans un lieu public ; la troisième, il avait été arrêté pour recel d’objets volés, un marteau et un tournevis ! Ayant commis la bêtise de voler après cela un vélo, il a écopé d’une peine à perpétuité sans possibilité de remise de peine… On raconte qu’il existe en Alabama un millier de prisonniers dans la même situation, mais la moitié des États disposeraient de régimes similaires.

Il s’ensuit que le juge est mis de côté, que la peine est décidée par le procureur, et que la libération anticipée n’est plus appliquée. Ce système a été mis en place sous l’administration de Reagan, dans les années 80, et soutenu par des majorités démocrates – comme quoi, là-bas, les démocrates ne sont pas les aimables gens de gauche que l’on imagine ici : Clinton a fait campagne pour aggraver les peines en 1994… La législation prévoit d’imposer aux juges les fameuses « peines planchers », soit cinq ans pour tout crime ou délit commis par le détenteur d’une arme à feu, quinze ans pour la simple possession d’une arme à feu par quiconque aurait déjà été condamné pour trois vols et cambriolages, et ainsi de suite.

Quand à la possession de drogue, elle est sévèrement réprimée : pour les trafiquants, selon les cas, cinq et dix ans au minimum, cinq ans pour la possession de cinq grammes de crack ou de cocaïne.

Il ne faudrait cependant pas croire que les juges sont acharnés à réprimer : beaucoup contournent les lois, et le voleur de pizza dont je parlais plus haut a été libéré au bout de deux ans. Quant à la Cour suprême de Californie, elle a refusé d’infliger les vingt-cinq ans de rigueur à un individu qui possédait 13 grammes de cocaïne. Néanmoins, l’États-unien de base est hostile à l’indulgence envers les délinquants. Tout le pays crève de frousse, et chacun sort son flingue à la moindre occasion.

Rappelons quand même que chez nous, la justice ne connaît pas les peines automatiques pour cause de récidive, même si elle prévoit des aggravations, tel un doublement de la durée de détention si le délinquant récidive par un délit identique (ou considéré comme identique, par exemple le vol et l’escroquerie) dans les cinq ans suivant la première condamnation. Les peines sont individualisées, appréciées par le juge, et ce que l’on applique, c’est le principe de ne pas dépasser un maximum encouru.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

A
<br /> curieux que tu ne sois pas un adepte des locutions latines écrites en italique. Faudrait sans doute soumettre tes lecteurs à un référendum...<br /> A<br /> <br /> <br />
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