« La grande magie » sur Arte

Publié le par Yves-André Samère

Hier soir, Arte diffusait en direct, depuis la Comédie-Française, la pièce d’Eduardo de Filippo La grande magie. Filippo fut acteur, réalisateur et auteur, aussi bien pour le théâtre que pour le cinéma. Né à Naples et très estimé dans son pays, on ne peut tout de même pas, comme je l’ai entendu dire, prétendre qu’il a été « le Molière italien », titre qui convient davantage à Goldoni.

Le thème de la pièce, comédie à la limite de la tragédie, est le suivant : un magicien fait « disparaître » une spectatrice au cours de son spectacle. Mais la femme, en fait, l’avait payé pour participer à ce tour, et, au lieu de réapparaître normalement à la fin du tour, elle s’éclipse pour aller rejoindre son amant. Au mari qui réclame sa femme, le magicien fait croire que sa magie était réelle, et que l’épouse est désormais enfermée dans une petite boîte, qu’il lui remet : il ne pourra l’ouvrir que s’il a réellement confiance en sa femme ; sinon, elle disparaîtra vraiment ! Il escompte, à juste titre, que le mari ne voudra pas reconnaître qu’en fait sa femme le trompe, et la situation va durer... quatre ans, au bout desquels l’infidèle, enfin lassée, revient au bercail. Entre-temps, le mari est devenu fou, à force de refuser d’admettre sa déchéance.

On le voit, c’est assez sinistre, et on avale difficilement le postulat, qui ne convient guère au genre d’homme tel que le mari nous a été présenté au début : froid et réaliste. Mais la mise en scène et les acteurs, excellents, de la Comédie-Française, pas toujours aussi bien inspirée, font passer le tout, même si le spectacle est un peu trop long pour aboutir à la conclusion pas vraiment inattendue.

Profitons-en, par conséquent pour parler d’autre chose. Le réalisateur de cinéma Christopher Nolan, qui nous a récemment infligé son pénible Inception, avait sorti en 2006 un film sur la magie à grand spectacle, Le prestige. On y voyait notamment une scène au cours de laquelle un magicien tirait au pistolet en direction d’une cage où se trouvait un canari vivant. Instantanément, le canari disparaissait. Plus tard, on donnait l’explication, affreuse, de ce tour : le bruit de la détonation servait en fait à couvrir le déclic du double fond qui écrasait le malheureux animal sur le fond de la cage, et dont la disparition était ainsi radicale. Chaque fois que le tour était fait, on sacrifiait un oiseau.

J’ignore si le tour a réellement été exécuté dans ces conditions – c’est probable à une autre époque que la nôtre –, mais cette scène, qui je crois n’est pas dans le livre de Christopher Priest dont le film est adapté (je suis en train de le lire et n’y ai pas encore trouvé ce passage, le film étant très différent du livre), vient en revanche tout droit de la pièce d’Eduardo De Filippo dont je viens de vous parler. Aucun doute sur la chronologie, la pièce, antérieure, est de 1948 ! Christopher Nolan a de bonnes lectures. Naturellement, à la sortie du film, aucun critique n’a relevé ce discret plagiat...

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