La pièce la plus jouée au théâtre

Publié le par Yves-André Samère

Naturellement, nous aimons tous Jacques Pessis, surtout pour son action en faveur de Pierre Dac, humoriste pince-sans-rire qui s’était auparavant payé le luxe d’être, à Londres, la voix radiophonique des Français libres. Eh oui...

Je reparlerai certainement de Pierre Dac et de son acolyte Francis Blanche, maîtres d’un humour dont il ne reste aujourd’hui aucun représentant. Il y a bien eu, durant quelques années, le trio Coluche - Thierry Le Luron - Pierre Desproges, mais ces trois impertinents ont eu la mauvaise idée de mourir sur un court laps de temps, les deux premiers en 1986, le troisième deux ans plus tard. Personne n’est parvenu à leur hauteur, depuis.

Jacques Pessis, donc, fait beaucoup de choses : il est journaliste, écrivain, scénariste, comédien et réalisateur français, et on ne voit que lui dans les réceptions du Tout-Paris (quand BHL est malade). Inévitablement, il écrit aussi dans « Le Figaro », comme tout le monde. Or, justement, c’est dans ce journal qu’il vient de commettre une erreur fatale, en prétendant, le samedi 16 de ce mois, en page 32, que les deux pièces d’Eugène Ionesco, La cantatrice chauve et La leçon, qui se jouent depuis 1957 au Théâtre de la Huchette, à Paris, ont battu « le record mondial de durée dans une même salle », et qu’elles totalisent 17 500 représentations. Je veux bien admettre ce nombre, mais il est faux que le record soit battu !

J’ai déjà eu ici l’occasion de mentionner que le record de durée pour une pièce de théâtre est détenu par The mousetrap, d’Agatha Christie, qui se joue depuis 1952 au même endroit : elle a tout au plus traversé la rue, Tower Court, pour changer de salle, un mois et demi après sa création, afin de passer du New Ambassadors Theatre – aujourd’hui simplement Ambassadors Theatre – au St Martins Theatre, distant de dix mètres. On n’a changé le décor que deux fois, et la voix qu’on entend sortir du poste de radio n’a JAMAIS changé, c’est celle de Deryck Guyler, mort depuis le 7 octobre 1999 – on n’aime pas beaucoup le changement, en Angleterre. Bref, cette pièce a atteint sa 25 000e représentation le 18 novembre 2012, record qui n’est pas près d’être pulvérisé.

Rappelons à ceux que cela pourrait intéresser que, d’une part, ce titre, The mousetrap, vient de l’Hamlet de Shakespeare, quand le prince fou dit à son oncle et beau-père Claudius que l’extrait qu’il a fait jouer devant lui s’intitule ainsi (en fait, c’était plutôt The murder of Gonzago, mais Hamlet mentait sciemment). Et puis, le propriétaire de la pièce d’Agatha Christie est son petit-fils, Matthew Prichard, qui l’a reçue en cadeau d’anniversaire à l’âge de neuf ans, et qu’il interdit qu’on la joue ailleurs, ainsi que d’en publier une traduction. Ce que je me suis pourtant empressé de faire, car j’aime vivre dangereusement. On va sûrement m’arrêter pour piratage. Consolation, Carlita pourra écrire une chanson sur moi.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Je sais, j’ai tout ça.
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D
Philippe Meyer a consacré deux émission à Francis Blanche. Claude Villers un livre.
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