Lâcheté contagieuse

Publié le par Yves-André Samère

Il y a deux ans, j’ai vu un film, Inside job, réalisé par Charles Ferguson, réalisateur de documentaires politiques uniquement, et qui en était à son deuxième film (il en prépare un troisième sur Wikileaks). Ce film-ci traitait de la crise financière mondiale, causée par l’irresponsabilité des banques et des dirigeants états-uniens. Par exemple, cette dérégulation qui a fait que, désormais, dans la finance, c’est chacun pour soi et tant pis pour les autres – traduisez : pour les pauvres.

La démonstration était faite essentiellement d’interviews en anglais de personnages qui comptent ou qui comptaient, au nombre desquels on ne trouvait que deux Français, Christine Lagarde et l’ineffable Dominique Strauss-Kahn.

Or, neuf fois dans le commentaire (huit fois dans les intertitres et une dans le commentaire oral dit par Matt Damon, et sous-titré comme le reste), on nous disait que le personnage vu à ce moment sur l’écran « declined to be interviewed for this film ». Traduction exacte : il avait REFUSÉ d’être interviewé pour ce film. Oui, mais les sous-titres fabriqués en France et dont le réalisateur n’est pas responsable, chaque fois, traduisaient par « M. ou Mme X. n’a PAS SOUHAITÉ être interviewé ».

Cette manie horripilante, depuis quelques années, sévit à la radio, à la télévision et dans les journaux, et elle semble n’être que française. On comprend bien pourquoi les journalistes français, qui ne veulent pas se brouiller avec leurs interlocuteurs putatifs, atténuent leur refus en « non-souhait » – notion étrange, et inconnue à l’étranger, je le répète. Mais dans le cas des sous-titreurs de film, cette crainte est totalement injustifiée, car ils ne sont pas journalistes et n’ont aucun contact avec les personnages vus à l’écran.

Pourquoi, dans ce cas, cette contagion de la lâcheté ?

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