Le cinéma comme détergent

Publié le par Yves-André Samère

Le cinéma est sans égal lorsqu’il s’agit de réhabiliter les parfaits pourris. Ainsi, Hollywood a fabriqué deux films sur Ernesto Guevara, le tristement célèbre Che, à seule fin de dénigrer Castro  qui bien sûr n’était pas blanc-bleu, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit...

Le fameux duo d’hommes de gauche, Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio, a réalisé une biographie d’Howard Hughes, raciste, antisémite et homophobe, sans insister sur ces brillants états de service. Ils ont seulement montré un type qui n’aimait pas sortir de sa chambre d’hôtel après avoir échoué à faire voler un avion trop gros. Pauvre gars... Plus tard, le même DiCaprio, dirigé par un homme notoirement de droite, Clint Eastwood, a joué le rôle de John Edgar Hoover, « le plus grand ripou » des États-Unis, en gommant un peu ces aspects gênants de sa personnalité : les deux acolytes en ont fait un homo honteux, mais qui aimait TELLEMENT son pays (que ces salauds de communistes s’acharnent à vouloir détruire, on ne sait pourquoi).

Je n’ai pas vu la biographie musicale sur Evita Peron, mais comme on a engagé Madonna pour interpréter le rôle, je doute que le film ait été cruel envers la femme et veuve du dictateur argentin, une sainte femme très aimée du Vatican.

Et puis, on annonce aujourd’hui la sortie d’une biographie de Maggie Thatcher, encore une sainte, surtout soucieuse de promouvoir la condition féminine en Angleterre, et qui, donc, n’a jamais ruiné l’économie de son pays ni laissé mourir les grévistes de la faim irlandais.

Je signale donc aux cinéastes du monde entier qu’ils ont encore du pain sur la planche. Ils pourraient commencer en douceur par une biographie de Hassan II, roi du Maroc et qui, lorsqu’il n’envoyait pas au bagne un enfant de trois ans et demi, Abdellâtif Oufkir, aimait beaucoup les Juifs et les journalistes français (n’est-ce pas, Jacques Chancel ? n’est-ce pas, Jean Daniel ?). Ou filmer la vie du bon général Franco, qui fut un si gentil colonisateur du même Maroc, moitié nord, et qui aimait tant le clergé et l’Opus Dei. On pourrait également montrer que Mussolini a surtout asséché les marais du nord de l’Italie et construit des autoroutes ; que Kadhafi, ce sympathique amateur de camping, s’est principalement manifesté en obtenant la libération de madame Claustre, retenue plus de trois ans comme otage dans le désert du Tibesti ; qu’Hitler aimait beaucoup les chiens ; Idi Amine Dada, les crocodiles ; et Bachar El-Assad, les enfants.

Messieurs les scénaristes, à vos traitements de textes. Montrez que le cinéma lave plus blanc !

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Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil !
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