Le F.N. et Jeanne la Pucelle

Publié le par Yves-André Samère

Hier 1er mai, j’avais l’intention d’aller assister à la manifestation du Front National, devant la statue de Jeanne d’Arc. Si vous venez ici de temps en temps, vous connaissez ma vénération pour la « sainte » Pucelle et pour la famille Le Pen ! Hélas, la manifestation avait été avancée, et lorsque je suis arrivé devant celle qui a si bien « bouté les Anglais hors de France » (sic), il n’y avait plus personne. Imaginez ma déception. C’est tout moi, ça. (On me souffle qu’en fait, la manifestation avait eu lieu Place de l’Opéra)

Mais non, j’arrête tout de suite, il y a peut-être des visiteurs qui viennent sur cette page pour la première fois, ils pourraient prendre au sérieux ce propos, et je les perdrais définitivement si aucune bonne fée, penchée sur leur berceau, ne leur a donné à cet instant le sens de l’humour. Non, en fait, on va aux manifestations du F.N. un peu comme on va au zoo de Vincennes, à cette différence près que l’entrée au zoo de Vincennes coûte cher (bien que je ne sache plus que faire de mon argent, il faudra que je demande un conseil à Cahuzac), alors que les pantalonnades et les vociférations des fachos – qui devraient faire du rap – sont un spectacle gratuit. On y va donc comme on va au musée de Madame Tussaud, à Londres ou Amsterdam : pour contempler des monstres. Mais vivants, ceux-là, et qui parlent. Fort, en plus.

En fait, pour un type comme moi qui s’intéresse un peu à l’Histoire, c’est un ravissement perpétuel de voir comme on peut faire gober aux foules de criantes invraisemblances. Or elles abondent, dans l’histoire de Jeanne – dont je rappelle que jamais elle ne s’est doutée qu’on la nommerait « Jeanne d’Arc » dans les siècles futurs, attendu que ce nom, à aucun moment, n’a été prononcé de son vivant : on la désignait comme « Jeanne la Pucelle » ou « la Pucelle d’Orléans », et rien d’autre. Et lorsque le roi Charles VII l’a anoblie, elle s’est appelée Jeanne du Lys. Je ne plaisante pas, c’est vérifiable.

Mais l’un des traits les plus frappants de cette fable à tiroir, c’est le délai invraisemblable entre sa condamnation et sa canonisation, délai jamais constaté auparavant : présumée morte en 1431 après une condamnation annulée le 16 juin 1456 par le pape Calixte III, elle fut ensuite totalement oubliée dans tout le pays et durant... quatre cent cinquante ans, puisqu’elle ne fut béatifiée qu’en 1906, par une Église catholique voulant tout simplement contrer – par un « coup » de publicité comparable à celui qu’on vient de voir à Rome cette semaine – la vague montante de laïcité partout en Europe (souvenez-vous que la séparation de l’Église et de l’État, en France, vient d’avoir lieu l’année précédente). Et elle ne fut déclarée « sainte » qu’en 1920, par Benoît XV, sans qu’aucun de ces fameux miracles prétendus obligatoires ait été recensé ou mentionné à quelque moment que ce fût.

C’était donc une opération purement politique, et depuis, Jeanne, récupérée de tous les côtés, à droite, à gauche et au centre, a beaucoup servi. Mais aurait-elle vraiment apprécié de se voir devenue une arme de propagande aux mains des néo-nazis ?

Au fait, rions de ce détail peu connu : l’évêque Cauchon, que tout le monde déteste pour de mauvaises raisons (« l’assassin de Jeanne d’Arc », re-sic !), repose dans la somptueuse chapelle de la Vierge, à Lisieux. Chut ! Ne le répétez pas, Le Pen en ferait une crise cardiaque.

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