Le gagnant du loto, c’est moi !

Publié le par Yves-André Samère

N’ont-ils pas tartiné, les organes d’information, sur ce gagnant du Loto qui doit empocher près de 170 millions d’euros dès qu’il se sera signalé ! Certes, vous me direz que c’est aussi ce que je suis en train de faire, tartiner sur du vide, mais moi, ce n’est pas dudit gagnant que je parle, c’est de ceux qui en parlent !

Eh oui, pour la profession journalistique, voilà LE sujet empoisonné par excellence, puisqu’il vous oblige à le traiter sans y rien connaître. Naturellement, vous m’objecterez (vous objectez beaucoup, je trouve) que, même quand l’information existe et qu’elle est disponible, ces messieurs-dames se plantent en croyant savoir ce qu’ils ignorent et en le faisant connaître aux foules. Il suffit d’écouter France Bourdes... pardon, France Inter.

Bref, ils en ont fait des kilotonnes à propos de ce gagnant putatif dont ils ne savaient rigoureusement rien. Homme ou femme ? Français ou étranger ? Jeune ou vieux ? Fauché ou déjà plein aux as ? De gauche ou de droite ? Avare ou prodigue ? Homo ou hétéro ? On ne sait pas, et, si le gagnant n’est pas complètement idiot (comme cet Anglais qui avait gagné sept petits millions et a tout dilapidé, dont 170 000 euros rien qu’avec des prostituées, si bien qu’il est aujourd’hui au RSA), il ne se dévoilera pas et jouira de son argent en toute discrétion.

Alors, comme il faut bien remplir les écrans et les créneaux horaires de la radio, on fait comme d’habitude : des micro-trottoirs ! À l’homme de la rue qui n’en sait pas davantage, on demande son avis, ce qui permet de partager le ridicule. La question type, c’est évidemment : que feriez-vous si vous gagniiez autant d’argent ? Et la réponse est invariablement d’une bouleversante originalité : je ferais le tour du monde, j’achèterais une maison à ma vieille maman, je changerais de voiture, etc. Ça vaut la peine de camper devant son téléviseur, convenez !

Pas un de ces blaireaux n’a l’idée de se payer la tête du journaliste en donnant d’autres réponses – ce que personnellement je ferais, histoire d’admirer leur tronche d’ahuris scandalisés. On pourrait dire, ô Dieu, bien des choses en somme, / En variant le ton, par exemple tenez : « Moi, je dilapiderais tout avec des créatures au Carlton de Lille », ou bien « J’engagerais Jérôme Kerviel pour qu’il m’aide à gérer tout ça », ou bien « Je ferais un don énorme à l’Académie française à condition qu’elle m’admette en son sein sans que j’aie écrit le moindre bouquin » (comme dans Le fauteuil hanté de Gaston Leroux), ou encore « Je convoquerais la presse, j’entasserais tout ce pognon sur la Place de l’Hôtel de Ville, et j’y foutrais le feu ».

On peut rêver...

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

Y
Je sais, et cette invention n’est pas de moi, mais d’un ami écrivain que j’ai connu naguère. Il est mort du sida.

Quant à la prison, j’y suis déjà allé, et même en cellule. Ça ne m’impressionne donc pas.
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D
Pour la dernière hypothèse vous risquez la prison. Pour le reste, pourquoi pas ?
Le dur métier de journaliste qui doit se taper, régulièrement, ces sujets. Et essayer d'être originaux, ce qui n'arrive jamais.
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