Le Jeu de Marienbad

Publié le par Yves-André Samère

Hier soir a été diffusé sur Arte L’année dernière à Marienbad, film d’Alain Resnais sur lequel j’ai rédigé ici quelques mots aimables exprimant la chaude considération en laquelle je tiens ce navet hyper-coté par le snobisme.

Il se trouve que ce film, qui a fait fuir davantage de spectateurs que jadis, de réacs, l’élection de Mitterrand (ils voyaient déjà les chars soviétiques déboulant sur les Champs-Élysées), a surtout retenu l’attention des curieux, car on y voyait Sacha Pitoeff enseignant un jeu, dans un hôtel, aux autres clients désœuvrés. Ce jeu fut à la mode quelque temps sous le nom de « Jeu de Marienbad », et la quête d’une méthode permettant de gagner occupa pendant des mois un certain nombre d’oisifs, dont une poignée de mathématiciens, qui y trouvèrent une occasion de se ridiculiser en cherchant midi à quatorze heures – vous verrez plus loin pourquoi j’écris cela.

Ce jeu utilise des objets quelconques posés sur une table : cartes, jetons, allumettes, tout ce qui vous plaira. Ce qui compte, c’est qu’ils doivent former quatre rangées comptant respectivement sept, cinq, trois et un objet. À tour de rôle, chacun des deux joueurs peut ôter, mais dans une seule rangée, le nombre d’objets qu’il veut. Celui qui est obligé de prendre le dernier objet a perdu.

Je crois savoir qu’un des zozos chercheurs visés plus haut dans cet article avait basé sa « méthode » sur le système binaire, mais je ne me suis pas donné la peine de chercher sur Internet l’exposé de sa solution, car quelques dizaines de minutes m’ont permis de recenser les dix-sept positions perdantes qu’il importe de laisser à son adversaire pour le battre. Et comme j’adore vendre la mèche (par exemple, en racontant la fin des films, innocente occupation qui m’a diverti durant une vingtaine de mois), ces dix-sept positions, les voici, que vous pourrez expérimenter :

- sur deux rangées : 2 - 2 ; 3 - 3 ; 4 - 4 ; 5 - 5

- sur trois rangées : 1 - 1 - 1 ; 1 - 2 - 3 ; 1 - 4 - 5 ; 2 - 4 - 6 ; 2 - 5 - 7 ; 3 - 5 - 6

- sur quatre rangées : 1 - 1 - 2 - 2 ; 1 - 1 - 3 - 3 ; 1 - 1 - 4 - 4 ; 1 - 1 - 5 - 5 ; 1 - 2 - 4 - 7 ; 1 - 2 - 5- 6 ; 1 - 3 - 4 - 6

Règle : ne jamais commencer en enlevant un seul objet, où que ce soit. Car si les deux adversaires sont de force égale, c’est-à-dire connaissent tout ce qui précède, celui qui commence perd obligatoirement !

Voilà ! Maintenant, défiez vos amis.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :

J
Vous semblez bien méprisant à l'égard de ceux qui cherchent à comprendre. Et il semble probable que si les zozos-matheux ridicules mais que vous ne vous donnez pas la peine de live arrivent à un résultat probant, vous les exécuterez sous d'autres motifs, comme dans 'La vérité' de Guy Béart ? Quant à Marienbad, tout ce que vous en dites peut en être dit de tout chef-d'oeuvre, par exemple 'Le poinçonneur des lilas' ou 'La Joconde' peuvent aisément être qualifié de 'cucul-dada' si on s'acharne comme vous le faites pour Marienbad.. A vos yeux, les poètes ne semblent pas valoir mieux que les matheux,.. mais peut-être par contre vénérez-vous les politiques...!?
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Y
Très curieux ! Je mépriserais “ceux qui cherchent à comprendre”. Mais qu’ai-je fait d’autre que chercher à comprendre le fonctionnement de ce jeu à la mode ? Et d’exposer une méthode simple, compréhensible et qui fonctionne. Le film lui-même, toutes les personnes que je connais en ont dit pis que pendre, et seul le snobisme lui a valu cette réputation usurpée de chef-d’œuvre.

Quant à votre supposition que je “vénèrerais” les politiques, elle ne tient pas debout, compte-tenu de ce que je les piétine dans la plupart de mes 8265 articles. Votre commentaire part dans tous les sens et n’aboutit qu’à vous faire paraître désagréable. Ce n’était probablement pas votre but, donc vous avez raté votre coup !
J
.. 'quelques dizaines de minutes pour la solution en 17 positions ?'
Et combien de temps et de positions pour la série 110-22-45-87-33-60-99-80-1 ?
Les zozos qui se sont soit-disant ridiculisés sont-ils vraiment ridicules ?
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Y
Vous êtes très agressif, mais n’êtes pas le premier. De mon côté, je reste calme, et me contente de parler de ce que je connais. J’ai réellement trouvé les dix-sept solutions dont je parle, et vraiment en peu de temps, car j’ai du goût pour les mathématiques, et ne vois pas en quoi ce serait extraordinaire. La série que vous citez n’a été envisagée par personne, donc arrangez-vous avec, elle ne me concerne pas, et je me suis borné au discours du film. Ce n’est visiblement pas votre cas, et vous inventez des hypothèses absurdes sur des opinions que j’aurais à propos de diverses personnes n’ayant aucun rapport avec mes petits écrits. C’est votre affaire, et je ne prendrai pas la peine de vous répondre plus longuement, ce pensum m’ennuirait.
M
Bonjour,
Je redécouvre ce jeu de Marienbad ... sur lequel j'avais buté il y a de cela des années ! Je n'ai pas bien compris ce que signifie les chiffres séparés d'un tiret dans les positions gagnantes que vous proposez, par exemple :
-sur deux rangées : 2-2 ; 3-3 ; etc ...
Cordialement,
Michel Charrasse
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Y
Il s’agit simplement du nombre d’éléments présents dans chaque ligne. Par exemple, “2-2” signifie deux rangées comportant deux éléments chacune. Ou encore, “1 - 3 - 4 - 6” indique qu’il y a quatre rangées comportant un, trois, quatre et six éléments.
Y

Oui, Delphine Seyrig était très belle. Le plus curieux, c’est qu’elle avait appris le jeu d’acteur à l’Actor’s Studio de Lee Strasberg, à New York, alors que, dans les films qu’on a vus d’elle,
jamais elle ne semblait se servir de cette « méthode » (oui, on appelait ça « LA Méthode »).

Quant au film, il fait l’effet d’un tube de barbituriques, et pour un prix moindre. Donc c’est une économie appréciable.


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J

Seule consolation, Delphine Seyrig est très belle.


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J

J'allais justement t'envoyer un mail pour savoir si, en cinéphile éclairé, voire avisé, tu ne voudrais pas me donner ton avis ou une explication sur ce film, que j'ai regardé jusqu'à sa fin sans
vraiment comprendre en quoi il avait "révolutionné" (je cite la fonction "info" du téléviseur" de mon hôte d'hier) la narration au cinéma. Pour moi, il a principalement martyrisé les enceintes du
salon, et conduit à l'ennui l'assemblée. Je vais donc aller consulter ton lien.


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