Le langage et la logique

Publié le par Yves-André Samère

Il existe dans le langage de tout le monde une bizarrerie qui m’agace, mais qui ne semble gêner personne, bien que, selon moi, elle constitue un défi à toute logique. Il s’agit de cette habitude de fusionner deux mots qui ne devraient pas pouvoir le faire.

Je sens que vous commencez à m’échapper, parce que vous ne comprenez pas où je veux en venir. Il s’agit du cas suivant : lorsque quelqu’un cite le titre d’une œuvre, livre, film, pièce, peu importe, que ce titre commence par un article, principalement l’article défini le, et que le fragment de phrase qui précède se termine par la préposition de, tout le monde, absolument tout le monde, fusionne ce de avec ce le, et cela donne un du incongru.

Un exemple pour que vous matérialisez la chose : dans Le masque et la plume de dimanche dernier, Jérôme Garcin citait le spectacle que François Morel avait tiré de la même émission, précisément à partir d’un dialogue entre Georges Charensol et Jean-Louis Bory. Et cela donnait ceci, dans la bouche de Garcin définissant le dialogue : « C’est à propos du cerveau de Gérard Oury ». Quoi ! Bory et Charensol se chamaillant à propos du cerveau de Gérard Oury ? Les deux compères étaient donc devenus médecins, spécialistes du système nerveux ?

Non. Garcin voulait dire que la dispute portait sur le FILM de Gérard Oury intitulé Le cerveau. Il avait donc amalgamé l’article du titre avec une préposition de sa phrase de présentation. Mais, à l’entendre et si on ne savait pas que ce film existait (il date tout de même de 1969 !), le propos devenait obscur et loufoque.

Ce genre de bévue se renouvelle constamment. Tendez l’oreille, vous allez en glaner des dizaines. Or je ne vois pas au nom de quoi on ne pourrait pas dire que Bory et Charensol discutaient « de Le cerveau, de Gérard Oury » (la virgule a une importance, mieux vaut faire une pause en parlant). Le télescope des mots de et le n’a rien de gênant, et seuls nos préjugés nous donnent à croire qu’il y aurait là une faute... puisque, au sens strict, il n’y en a aucune !

(NB : amusez-vous avec ces noms de ville qui commencent par un article, comme Le Mans ou Le Havre, et lancez la polémique au cours du dîner de Noël. Dans le genre « Mon beau-frère est né à Le Mans, et son cousin à Le Havre ». Vous obtiendrez enfin une conversation de table qui traite d’autre chose que de sapin, de fois gras, d’huîtres, de champagne et de cadeaux à la noix – qu’on revend le lendemain sur Internet.

Écrire ci-dessous une ânerie quelconque :