Le public : une bande d’idiots ?

Publié le par Yves-André Samère

Si je vais rarement au théâtre et quasiment jamais au music-hall, c’est à cause de deux pratiques que je déteste parce que je les trouve dégradantes, mais qui ne semblent gêner personne : les rappels, et les fausses sorties. Développons.

Les rappels, c’est lorsque la pièce est finie, que les acteurs viennent saluer, et qu’ils se livrent à cette pantomime ridicule consistant à filer en coulisses pour revenir sur scène quelques secondes plus tard, afin de se faire de nouveau applaudir. Sans surprise, au deuxième ou au troisième rappel, la vedette revient SEULE, recueille sa ration d’ovations, puis fait mine de faire revenir les autres acteurs et d’inviter le public à les ovationner aussi. Cela ne trompe personne, et peut durer de longues minutes. Pendant ce temps, si vous n’étiez pas assis au bout d’une rangée, vous ne pouvez pas partir – quand je peux, je ne me gêne pas, et suis seul à le faire –, parce que les autres spectateurs, ces veaux, trop content de participer à une séance d’autosatisfaction collective, ne se décident pas à libérer le passage ; et vous voilà condamné à feindre d’être vous aussi très content. Dans cette comédie, tout le monde se déshonore, les acteurs et les spectateurs. Et tout le monde, dans le milieu artistique, semble trouver ça normal. En fait, non, il y a eu naguère UNE vedette qui refusait cette exhibition, c’était Jacques Brel. Il n’a joué qu’un seul spectacle où d’autres partenaires étaient en scène avec lui, c’était d’ailleurs son dernier, L’homme de la Mancha, une adaptation en comédie musicale de Don Quichotte. Quand le spectacle était fini, il patientait quelques secondes pour les applaudissements, puis il faisait un petit au revoir de la main, s’en allait, et ne revenait pas ! Unique.

Je me souviens que Pierre Desproges avait raillé cette coutume dans un de ses deux spectacles sur scène. Il avait dit que cette comédie le gonflait, et que, lorsque votre plombier avait terminé de déboucher l’évier de votre cuisine, il ne revenait pas pour se faire applaudir.

Et puis, il y a les fausses sorties, principalement au music-hall : l’artiste a terminé son numéro, il salue et fait semblant de partir, mais, en réalité, il attend en coulisses que le public le supplie de revenir. Et, bien entendu, il revient et chante deux ou trois chansons de plus, ou joue un ou deux sketches évidemment prévus pour ça. Mais il y a un indice infaillible montrant que tout cela est bidon : on n’a pas rallumé les lumières de la salle ! Tant que le régisseur ne les a pas rallumées, vous pouvez être certain que le spectacle va continuer pendant plusieurs minutes supplémentaires.

En somme, on vous prend pour des idiots, et on a raison, puisque vous le tolérez.

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