« Le silence des églises » sur France 2

Publié le par Yves-André Samère

On pouvait craindre le pire avec le téléfilm d’hier soir sur France 2, Le silence des églises, dont le thème, c’est facile à deviner, était la pédophilie ecclésiastique. Or, pas du tout, aucune fausse note, et l’interprétation des deux personnages principaux, Robin Renucci dans le rôle du prêtre séducteur, et Robinson Stévenin dans celui de la victime devenue adulte et qui finit par saisir la justice et obtenir une condamnation, étaient parfaits. Tout au plus pouvait-on trouver bizarre le verdict étonnamment indulgent qui frappait l’évêque ayant couvert les faits en toute connaissance de cause : trois mois de prison avec sursis, dans la réalité, ce serait scandaleux.

Je n’ai guère qu’une critique à faire : le réalisateur Edwin Baily n’est pas un bon directeur d’acteurs enfants, et la plupart des scènes qu’ils avaient à jouer étaient maladroites et sonnaient faux.

Cela dit, le point de vue sur cette question était fort éloigné de celui de Montherlant dans sa pièce La ville dont le prince était un enfant, où la vision du clergé qu’avait cet auteur athée s’avérait beaucoup plus modérée : seuls les deux jeunes garçons de la pièce, l’un de seize ans et demi, l’autre de quatorze ans et trois mois, avaient accompli les actes que la morale de l’époque (la pièce était de 1951) condamnait encore. Les deux prêtres de la pièce, un préfet des études et le supérieur du collège, avaient tous deux été attirés par un de leurs élèves, mais n’avaient pas donné cours à leurs instincts. On se contentait donc de... renvoyer les deux garçons !

Montherlant, effrayé par son audace, avait attendu seize ans avant de faire jouer sa pièce en France, au Théâtre Michel, en décembre 1967, et après l’avoir d’ailleurs un peu affadie (il craignait beaucoup pour sa réputation, et faisait publier par des journalistes complaisants des articles sur « Montherlant et les femmes », parce qu’il redoutait que son homosexualité soit dévoilée – or elle l’a bel et bien été, par son ennemi intime Roger Peyrefitte, qui a été jusqu’à publier leur correspondance privée !). Il avait d’ailleurs attendu de trouver l’interprète idéal, Didier Haudepin, qui avait seize ans et demi, l’âge exact du rôle, quand la pièce a été créée. Elle a été diffusée sur la première chaîne de l’ORTF en 1969, et a tenu l’affiche pendant trois ans, avant de partir en tournée, y compris à l’étranger. Plus tard, en avril 1994, Pierre Boutron l’a reprise au Théâtre Hébertot, dans une mise en scène beaucoup trop luxueuse et qui distrayait l’attention, et Christophe Malavoy, qui y jouait le rôle principal, en a fait un téléfilm, que je n’ai pas vu.

Autant dire que le sujet n’est pas neuf.

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