Le vacarme et Philippe Muray

Publié le par Yves-André Samère

J’ai connu Philippe Muray par... Didier Porte. Eh oui, ce gauchiste notoire m’a conseillé la lecture d’un écrivain de droite, que la foule a tort de ne pas fréquenter plus assidument. Je précise, puisque vous vous étonnez de ne jamais le voir chez Ruquier ou au Grand Journal, que Muray est mort il y a six ans et demi, donc il a une excuse pour cette absence obstinée.

Philippe Muray était un esprit libre comme on en voit peu, qui ne mâchait pas ses mots, et se serait fait une joie de taper sur le gouvernement de gauche actuellement en place ; lequel va se ramasser une mémorable raclée aux prochaines élections municipales – ce pour quoi, sans doute, Delanoë ne se représente pas à Paris. Au fait, vous savez pourquoi je ne voterai pas pour sa remplaçante Anne Hidalgo ? Parce qu’elle aussi donne dans cette démagogie de dire sans cesse « les Parisiennes et les Parisiens ». Muray l’avait d’ailleurs copieusement étrillé, ce cher Bertrand, notamment pour sa propension à donner dans le festif, mais quand on a été le copain de Dalida...

À ce propos, je suis tombé sur un passage de son livre Festivus festivus, un recueil de conversations avec Élisabeth Lévy. Il y parle longuement de ce film de Mel Gibson qui avait fait scandale, La passion du Christ, et y déclare qu’il ne voit plus les films en salles, mais chez lui. Je cite Muray : « Je ne supporte plus depuis longtemps l’enfermement dans une salle, ni le sinistre dressage par le bruit qui transforme n’importe quel spectacle en rave. Je ne vois pas pourquoi je subirais, sans y être obligé, l’ensemble des intimidations monstrueuses (vacarme systématique, montage cardiaque, récit stroboscopique, atteintes directes au système nerveux, etc.) par lesquelles l’art cinématographique en perdition depuis pas mal de temps essaie de retenir le spectateur en anéantissant pour commencer sa liberté critique. Entrer dans une salle obscure, c’est accepter de s’exposer à un genre de technique de l’étourdissement qui ressemble à celle précédant la mise à mort des animaux de boucherie. [...] Il y a donc longtemps que je ne vais plus au cinéma, une dizaine d’années au moins, puisqu’il est impossible d’y baisser le son ».

Eh oui, j’ai souvent ressenti cela, et il m’est arrivé d’aller trouver un projectionniste pendant la séance, pour lui recommander de mettre une sourdine. Naturellement, et comme toujours chez Philippe Muray, il caricaturait un peu, mais sur le fond, ce n’était pas idiot : au cinéma, si on peut fermer les yeux face à des images pénibles, on ne peut pas se crever les tympans. Ils peuvent encore nous servir à la sortie.

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