Les crimes de haine

Publié le par Yves-André Samère

Souvent l’on entend des appels au rétablissement de la peine de mort, lancés par des personnes qui souhaitent l’exécution de quelqu’un ayant commis un crime odieux, crime motivé par la haine d’un groupe humain. Ainsi, Mohammed Merah a tué des enfants juifs parce qu’il haïssait Israël, et des soldats français parce qu’il tenait la France pour responsable d’une complicité supposée avec le même pays (entre autres raisons, car il en avait d’autres). C’est odieux, DONC il aurait fallu, si on avait pu le traduire devant une cour d’assises, prononcer contre lui une condamnation à mort. Patience, j’y viens après un petit détour.

Aux États-Unis, en 2009, Obama a signé une loi fédérale contre les crimes motivés par les préjugés. La raison ? Deux crimes commis en 1998 : un jeune homosexuel torturé, attaché à une clôture et laissé pour mort, et un Noir enchaîné à l’arrière d’une camionnette et traîné jusqu’à être démembré. La loi porte leur nom, c’est le Matthew Shepard and James Byrd Jr. hate crimes prevention act. C’est que les États-Unis ont admis en principe, en 2005, que les crimes dits « de haine » devaient être sanctionnés de manière particulière. En France, nous n’avons pas eu l’équivalent, bien que nous ayons hérité d’un président qui légiférait à tour de bras et sous le moindre prétexte (en oubliant au passage que, chaque fois, une autre loi équivalente existait déjà !). Bref, on s’est abstenu, et j’ose dire que c’est heureux.

En fait, la haine contre un groupe humain, quel qu’il soit, ne résulte pas du fonctionnement d’un esprit équilibré, c’est une carence de l’intelligence. Hitler haïssait les Juifs, mais il n’était pas un modèle d’équilibre, c’est certain ! Aucun homme normal ne peut désirer l’élimination d’une communauté pour la seule raison qu’elle existe. Mais alors, sanctionner cette carence de l’esprit et en faire une circonstance aggravante, cela ne tient pas debout.

Revenons à la situation aux États-Unis. De TOUS les pays développés, c’est le seul qui protège (par le premier amendement de sa Constitution, j’en ai parlé récemment) le droit d’exprimer et de publier n’importe quelles opinions, y compris les plus dangereuses, odieuses, mortifères. C’est le seul pays où les néo-nazis ont le droit d’avoir une tribune à la radio. Le seul où l’on ne peut les poursuivre pour avoir, par exemple, nié l’existence des camps de la mort hitlériens. Mais, parallèlement, si vous commettez un crime au nom de ces idées librement exprimées, on considère qu’elles sont une circonstance aggravante ! En somme, on pénalise l’intention, plus que l’acte.

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