Les dents de l’amer

Publié le par Yves-André Samère

Si vous êtes affligé d’un enfant désespérant (un garçon plus flemmard que la moyenne, ou une fille qui ne vous laisse aucun espoir de pouvoir la marier à un médecin ou un avocat, d’affaires de préférence), aiguillez-le (ou la) vers la profession de dentiste.

À cette solution, on en trouve que des avantages. D’abord, si le petit chéri a des instincts sadiques, il pourra leur donner libre cours (fidèle à ma politique de jouer cartes sur table, je vous signale que cette vanne, qui n’est pas de moi, figure dans La petite boutique des horreurs, jolie comédie musicale que malheureusement, pour des questions de droits, on ne peut plus monter à Paris, et le dernier projet au Théâtre Dejazet a été annulé).

Ensuite, parce que cette profession est des plus lucratives. Plus encore que celle d’instituteur, si la chose est possible (là, je m’inspire du Topaze de Pagnol). Je sors en effet de chez un dentiste, ou plutôt UNE spécialiste de la parodontie, dont je vous laisse chercher la définition sur Wikipedia : le travail, je ne vais quand même pas vous le mâcher (vous avez saisi l’association d’idées ?). Jeune et jolie, la charcuteuse de maxillaires, tout autant que sa consœur qui m’a envoyé chez elle. L’idée d’aller chez une toubib moche ne m’a d’ailleurs jamais effleuré, et j’ai connu une ophtalmo jeune et belle qui m’a sauvé mon œil gauche et s’appelait Jacqueline Amour – si-si !

Il paraît en effet qu’à force de mordre les mollets des cuistres de la politique et du journalisme, mes gencives commencent à souffrir, et il urge de les consolider. C’est comme les fondations d’une maison, si elles ne sont pas solides, la baraque finit par s’écrouler comme les intentions de vote pour Ségolène Royal, il n’y a pas si longtemps.

Bref, après m’avoir fait attendre une bonne heure, la praticienne, dont je regrette de ne pas savoir par quel mot on doit désigner sa profession, m’a reçu et a fait quelques radios de mes gencives, avant de me confier à sa secrétaire qui a établi le devis pour les deux interventions prévues : trois cents euros chacune. En attendant, et bien qu’on n’ait rien fait aujourd’hui sur mes précieuses gencives, on m’a soulagé de soixante-quinze euros. Un prix bien mérité pour m’avoir complimenté, pas du tout par diplomatie, sur la qualité de ma dentition, digne de celle du requin de Spielberg, paraît-il, et m’avoir, dans une lettre destinée à ma dentiste habituelle, qualifié de « charmant patient ». Quand je vous le dis, que je suis charmant !

Il n’empêche, en sortant, j’étais sur les dents.

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