Louis Jourdan, acteur

Publié le par Yves-André Samère

Le 14 février dernier, Louis Jourdan est mort à Beverly Hills, quartier rupin de Los Angeles, où tout piéton est suspect et interrogé par la police. Bien que né à Marseille le 19 juin 1921, il vivait en Californie depuis 1948, car le producteur David O. Selznick, celui qui produisit Autant en emporte le vent, lui avait fait un contrat pour un film dont il avait écrit le scénario d’après un roman. Mais il avait passé sa jeunesse en France, en Grande-Bretagne et en Turquie. Il avait étudié pour être acteur avec le célèbre René Simon, dont le cours était autrement plus coté que le cours Florent actuel, qui est surtout une machine à faire de l’argent et ne forme pas un acteur sur mille élèves.

Jourdan, qui s’appelait en réalité Gendre, débuta au cinéma en 1939, et, toute sa vie, fut voué aux rôles de beau garçon cultivé, et l’incarnation du french lover, emploi qui devait ensuite échoir à Marcello Mastroianni. Mais, comme il refusa, sous l’Occupation, de jouer dans des films de propagande nazie, qu’il aidait à fabriquer et distribuer des journaux de la Résistance, et que sa carrière française s’interrompit net, ce contrat aux États-Unis tombait à pic. À vrai dire, il n’eut pas à se plaindre, car il parut dans des films dirigés par des maîtres, Alfred Hitchcock, Vincente Minelli et Max Ophüls. Mais il y eut aussi un James Bond, Octopussy ! Malgré cela, il n’accepta jamais de voir les films qu’il avait tournés, et lorsque la télévision en diffusait un, il changeait de chaîne.

Pourquoi était-il si peu connu en France et si apprécié aux États-Unis ? Parce qu’il possédait une distinction innée, doublée d’une remarquable beauté, et qu’en France, on préfère les moches et les vulgaires. C’est ce qu’Alfred Hitchcock exprima bizarrement, à propos du rôle qu’il lui avait fait jouer dans The Paradine case (en français, Le procès Paradine), l’histoire d’une femme qui avait assassiné son mari aveugle et qui était la maîtresse de son valet d’écurie, que jouait Jourdan. Hitchcock avait dit a posteriori que le choix de cet acteur avait été une erreur de distribution, car « Cet amant, le valet, devait sentir le fumier, vraiment il devait sentir le fumier ». Il me semble qu’il avait ajouté, un autre jour, que Burt Lancaster aurait mieux convenu. C’était aimable pour Burt Lancaster !

Jourdan avait été fiancé à Micheline Presle, rencontrée à Saint-Tropez en 1938, et dont je vous parlerai un de ces jours. Mais ils ont rompu, il a pris très mal cette rupture, et refusa de lui adresser la parole au cours du tournage d’un film qu’ils firent à Nice en 1944. Il a joué dans 87 films et téléfilms, entre 1939 et 1992. Celui qu’on préfère aux États-Unis est Gigi, en 1958, mais son meilleur est Lettre d’une inconnue, de Max Ophüls (que le générique nomme « Opuls » !), tourné juste après Le procès Paradine.

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Bernard Cacciarella 22/02/2015 23:48

"Premier rendez-vous" Mon premier rendez-vous avec le cinéma